L'isolement d'une personne âgée et son risque de dépendance. Que peut faire l'aidant familial ?

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Article rédigé par Guillaume BESSE, Médecin, Lundi 10 juillet Consulter son profil complet

Alors que plus de 95% des personnes âgées vivent à domicile, presque 50% avouent que la télévision est leur principal compagnon et 20%, surtout des hommes, souffrent d'isolement c'est-à-dire de l'absence d'un espace d'écoute et de partage régulier. Cet isolement, pour celles qui adoptent une attitude fataliste, a de lourdes conséquences sur leur dignité, leur qualité de vie et leur état de santé global. Pourquoi en sont-elles arrivées là ? Quelles sont les conséquences de cet isolement ? Comment convaincre un proche âgé, sans le contraindre, de prendre les bonnes décisions ?

Comprendre les fréquentes causes

Il faut d'abord évoquer le déficit des fonctions sensorielles. Une presbyacousie avancée (en l'absence de bouchons de cérumen...) et non appareillée raréfie les rencontres par peur de ne pouvoir répondre aux questions de tiers parlant trop vite. Une cataracte non bilantée peut rendre flou les reliefs des trottoirs, rendant la déambulation incertaine. Une dégénérescence de la macula peut altérer la lecture d’une personne âgée passionnée de littérature et ne pouvant plus échanger sur tel ou tel livre.

Ensuite, interviennent les facteurs socio-environnementaux. Le veuvage, l'éloignement des enfants, un conflit familial, l'absence des petits-enfants éventuels devenus grands, les amis fidèles disparaissant ou partant pour se rapprocher de leur famille, la crainte voire la honte d'afficher dehors son corps vieilli, la peur de voir d'autres personnes âgées renvoyant l'image redoutée du grand âge, la crainte de ne pas pouvoir remonter les escaliers de l'immeuble, l'insécurité, l'incivilité, le refus d'aides à domicile ou de visites de bénévoles, la diminution des ressources (moins de 1000€ mensuels double le risque d'isolement), la disparition de l'animal de compagnie, etc. sont d'autres causes qui peuvent conduire à l’isolement.

Enfin, il y a des facteurs médicaux. La douleur d'une arthrose du genou gêne les sorties donc les échanges avec autrui. Tout comme des chutes à domicile, surtout à répétition, qui font craindre une chute dans la rue et l'hospitalisation. Mais notons encore une incontinence urinaire qui coûte cher en protections ou qui peut faire redouter le pire. Voire un effet non désiré d'un laxatif lors d'une promenade...

Sans oublier une dépression, fréquente cause de fatigue et qui diminue toute envie de côtoyer ce monde assez vu, une polynévrite des membres inférieurs gênant la perception du sol de la rue, une fonte musculaire non surveillée rendant la marche plus lente et moins longue, etc.

Se méfier des conséquences

La première conséquence de l’isolement est l’apparition ou l’aggravation d’une dépendance.

Ensuite, on peut observer des angoisses plus ou moins permanentes, une authentique dépression (presque 70% d'entre elles sont méconnues chez les personnes âgées), des conduites alcooliques, une majoration du refus d'aides à domicile et… une dénutrition voire une déshydratation, un épuisement familial... Autant de facteurs de risque d'arrêt du maintien à domicile après hospitalisation.

Citons encore des négligences corporelles, une mauvaise hygiène,... et de la maltraitance.

Comment le convaincre ?

Dès le début, l’aidant familial doit réfléchir à l’idée de présenter au proche âgé un plan d’aide par des professionnels du maintien à domicile qu’il aura prévenu de ses craintes. Ce peut être son Médecin traitant, ou le CCAS ou un CLIC.

Il pourra alors faire assoir le proche âgé, bien articuler, puis le responsabiliser vu l’importance du sujet (“j’aimerais avoir votre avis sur un point“), lui rappeler qu’il peut reporter cette discussion à plus tard puis détailler précisément le point évoqué ("je vais encore vous parler d'avance en âge, mais pour défendre votre droit à rester digne, je voudrais prendre le temps de vous parler d'une Aide à Domicile") .

Enfin, lui demander ce qu’il en pense, respecter sa capacité d’analyse et répondre à toutes ses questions (qui ? quand ? pour faire quoi ? ce qui ne sera pas fait à sa place, aide pour le coût, etc.).

S'il refuse de discuter, un professionnel reprendra la démarche.

Quelques ébauches de solutions à domicile

D’abord, il faut une prise en charge médicale des possibles facteurs sensoriels et médicaux.

Ensuite, voici quelques idées qui peuvent vous aider concrètement :

  • majorer le nombre de visites ou de sorties en compagnie d’une aide à domicile
  • aménagement du domicile pour favoriser la sortie dans les rues de la ville, même en fauteuil roulant
  • visites à domicile par des bénévoles recensés en Mairie (par exemple pour lui apporter tel ouvrage à gros caractères s'il peut encore lire )
  • héberger un étudiant
  • s'impliquer dans telle ou telle association (ou les membres de celle-ci peuvent venir visiter le proche à domicile)
  • autre animal de compagnie 
  • la nuit, si nécessaire et si c'est possible, parler aux personnes des téléassistances
  • l'accueil Familial, à temps complet ou partiel, agréé pour 5 ans par le Président du Conseil général, pour un maximum de trois personnes âgées.

 

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