Vieillesse et dépression

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Article rédigé par Thierry BERROU, Psychologue clinicien, Lundi 13 mars - mis à jour le Lundi 3 juillet Consulter son profil complet

La dépression du sujet âgé ne doit pas être considérée comme consécutive à l’avance en âge : ce n’est pas parce que l’on est vieux que l’on déprime. La vieillesse est certes un élément de fragilisation, mais elle n’explique pas la dépression.

Chez la personne âgée, elle est parfois masquée derrière des plaintes somatiques liées à des pathologies physiques, ce qui rend son diagnostic d’autant plus difficile qu’il est souvent biaisé par des préconceptions concernant la psychologie du vieillissement. De fait, la dépression est globalement sous-diagnostiquée et non traitée, ou bien de manière inadaptée par des seuls traitements anxiolytiques.

Les conséquences de la dépression

Les états dépressifs ont de nombreuses conséquences, sur les plans psychologique, physique et social, finalement sur le bien-être global.

En premier lieu, la dépression entraîne une intense douleur morale. Pour le déprimé, tout se fait au prix d’un effort. La dépression peut se manifester par une perte d’intérêt, qu’on appelle aboulie, une humeur triste, une baisse de l’estime de soi, de la culpabilité, de l’agressivité… Elle s’accompagne également fréquemment de troubles du sommeil, principalement sous la forme de réveils nocturnes ou très tôt le matin, de plaintes et de douleurs somatiques.

Sur le plan cognitif, elle peut également entraîner des difficultés sur le plan de la mémoire ou de la concentration, une tendance à ne voir la bouteille qu’à moitié vide, des préoccupations autour de la mort.

Sur le plan somatique, la dépression augmente le risque de diverses pathologies telles que le diabète de type 2, les démences, les maladies cardio-vasculaires… Elle a une incidence négative sur l’espérance de vie de plusieurs années. La cause en serait une mauvaise hygiène de vie consécutive à la dépression : manque d’exercice, mauvaise alimentation, addictions, mais apparemment pas uniquement.

En effet, les personnes dépressives ou ayant eu à souffrir de dépression par le passé verraient une accélération du vieillissement de leurs cellules par le raccourcissement des télomères, qui sont des séquences génétiques qui chapeautent les chromosomes et protègent l’ADN, permettant aux cellules de se renouveler et se réduisant au fur et à mesure des divisions cellulaires.

Heureusement, le phénomène ne serait pas irréversible : une étude parue dans The Lancet Oncology en octobre dernier a montré que des hommes qui avaient accepté d'améliorer leur régime alimentaire, leur activité physique, la gestion de leur stress et leur réseau social pendant cinq ans avaient des télomères plus longs que ceux qui n'avaient pas modifié leur mode de vie.

La conséquence la plus grave sera le suicide. Une des choses qui caractérise le suicide des personnes âgées, c’est qu’elles « réussissent » significativement plus souvent leur suicide que les plus jeunes. Les hommes sont par ailleurs davantage exposés au risque suicidaire : chez les plus de 65 ans, il y a 3 fois plus d’hommes suicidés que de femmes.

Repérer la dépression d’un proche

Des éléments de fragilisation doivent faire l'objet d'une certaine vigilance par l’entourage : la survenue de modifications du contexte socioprofessionnel ou affectif, un deuil récent, un placement en maison de retraite, une insécurité sur le plan financier, une maladie physique, des douleurs chroniques, peuvent créer une vulnérabilité.

La dépression du sujet âgé ne se manifeste pas forcément par une tristesse explicite : fatigue, anxiété, tristesse inhabituelle, repli sur soi ou agressivité peuvent en être les premiers signaux, souvent associés à une perte du goût pour les choses, un manque d'envie, un sentiment d'échec et d'inutilité et une mauvaise image de soi.

On peut aussi être alerté par des perturbations du sommeil, de l'appétit, de la libido, de la mémoire ainsi que des appétences nouvelles pour l'alcool, les toxiques ou des prises de risques inhabituelles, une négligence de son hygiène corporelle.

Lorsque la dépression est installée, la sollicitude des proches ne suffit généralement pas à en sortir. Face à l’apathie du déprimé, la tentation serait de vouloir le secouer, de lui dire de ne pas s’écouter. Cette attitude est contre-productive : loin d’aider le déprimé, elle renforce son sentiment de culpabilité et d’impuissance. Le mieux est alors d’être dans une écoute bienveillante et de l’inciter à consulter un professionnel.

Le traitement

La dépression est traitée soit par un traitement anti-dépresseur, soit par une psychothérapie, soit par l’association des deux. Les effets secondaires spécifiques à chaque antidépresseur orienteront le choix de la molécule. L’association ponctuelle d’un médicament anxiolytique peut également s’avérer nécessaire.

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Mots clés : Dépression
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