Vivre avec son proche, une décision assumée (1ère partie)

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Article rédigé par Annie Ludinard, Coordinatrice du Relais des Aidants, Lundi 2 juillet - mis à jour le Lundi 6 août Consulter son profil complet

Kevin, 54 ans, vit et travaille en province près de Vendôme dans le Loir et Cher. Sa maman âgée de 82 ans vivait seule dans son appartement en banlieue parisienne. Il lui rendait visite régulièrement et en profitait pour gérer son courrier et ses papiers. Elle semblait se débrouiller pour le quotidien. Mais il y a presque un an, Kevin s’est rendu compte qu’elle se laissait aller. Il a alors décidé, avec son consentement, de la prendre chez lui. Et puis, quelques temps après son installation chez son fils, les choses se sont compliquées...

Qu’est-ce qui vous a décidé à prendre votre maman chez vous ?

Je venais déjà plusieurs fois par an chez ma maman depuis plusieurs années pour m'occuper de ses déclarations et de ses papiers. Et puis, chaque année, je l'invitais à prendre quelques jours de vacances ensemble. Ça se passait bien et elle était contente. Ça lui changeait les idées. Mais quand je lui rendais visite, j’avais remarqué qu'il y avait déjà quelques problèmes, un certain laisser-aller. J'avais déjà mis en place une aide à domicile pour l’aider au quotidien. Mais quand j’allais la voir, je voyais bien qu'elle avait des difficultés pour se faire à manger et côté hygiène, il y avait un laisser-aller évident !

En fait, j'ai découvert qu'elle utilisait les services de son aide à domicile et l'envoyait surtout acheter de la nourriture pour son chien et des bonbons pour elle. Elle est très gourmande !
J’ai aussi constaté qu’elle n’ouvrait plus son courrier. Elle me téléphonait plusieurs fois par jour (jusqu’à 5 fois) pour me demander si j’allais bien et quand je reviendrais la voir… Pour moi, c'était difficile car j'ai plusieurs activités professionnelles pour lesquelles je dois me déplacer souvent et j'ai aussi des animaux ! Alors, j'ai demandé plus d’heures au service de maintien à domicile mais rien n'a changé !

À ce moment-là, même si elle n'a pas une nature à se plaindre - elle me dit toujours au téléphone que tout va bien - j'ai senti un besoin, un appel au secours.

Et puis elle est venue en vacances chez moi. Deux semaines avant, elle avait déjà préparé sa petite valise. Sauf que le jour où je suis venu la chercher, nous avons dû la refaire ensemble. Elle avait sacrifié beaucoup de vêtements pour y mettre les croquettes de son chien et des bonbons. Et puis arrivée chez moi, elle m’a proposé de participer aux courses et m’a donné son porte-monnaie. Comme il n'y avait que cinq euros, elle m'a donné sa pochette avec sa carte bleue et le code qui était bien en évidence dans la pochette ! Je lui ai retiré à sa demande 30 euros. Comme elle ne les a pas dépensés, j'ai voulu les ranger dans son portefeuille. Et là, en fait, il y avait déjà 400 euros en billets de 20 ! Elle ne s’en souvenait plus ! Et puis, plus tard, elle m’a demandé d’acheter des cartes postales pour ses deux frères décédés depuis plus de 20 ans ! Et j'ai constaté qu'elle ne prenait plus ses médicaments.

Dès lors, je me suis inquiété sur ses problèmes de mémoire et je me suis dit qu'elle ne pouvait plus rester seule désormais. Dès qu’elle s’est installée chez moi, j’ai organisé tout un parcours de santé avec mon médecin généraliste. Un IRM, un passage chez un orthophoniste (atelier mémoire) et finalement une consultation chez un médecin gériatre qui a confirmé qu’elle souffrait de la maladie d’Alzheimer. J’y pensais bien mais bon, c'est toujours difficile d’avoir la confirmation.
Je me suis demandé ce que je devais faire sachant que pour moi, il n'était pas question de lui qu'elle aille dans un établissement spécialisé. D’ailleurs nous l’avons un peu évoqué et elle m'a répondu: « Je ne veux pas y aller, je me sauverai, ou les ferai tellement CH…ER qu’ils me jetteront dehors… et puis mon chien ? ».

J’étais d’accord, maman n’ira pas en EHPAD !

Qu’avez-vous fait alors ? Comment vous êtes-vous organisé ?

Quand maman est venue vivre définitivement à la maison, j'ai tout fait pour qu'elle se sente bien. Je lui a arrangé une chambre avec ses affaires et j'ai mis quelques uns de ses meubles pour qu'elle se sente chez elle. Je vous l'ai dit, je me suis occupé de sa santé jusqu'à apprendre qu'elle avait cette maladie. Je ne m'y attendais pas même si j'avais remarqué des incohérences.

Vous savez, avec une personne dépendante qui a des troubles cognitifs, rien n’est simple. Je me suis senti bien seul avec pour fil conducteur juste le bon sens ; mais cela ne suffit pas. J’ai pris conseils auprès d’une professionnelle et amie. C’était nouveau pour moi. J’ai fait beaucoup d’erreurs. On apprend en marchant dit le philosophe. En effet, il a fallu tout organiser. Les repas, le coucher, le lever, gérer la bonne et mauvaise humeur, le ménage et une lessive quotidienne ! Quelle taille de protection faut-il prendre ? Comment évoquer cette problématique avec maman ?

J’ai préparé les repas en prenant en compte l’absence de dentier ! Elle en avait un mais il était foutu. J’ai remplacé les frites par des salsifis, plus tendres. J’ai réduit, avec peine, sa consommation de bonbons et changé le sucre contre un substitut naturel. J’ai négocié des bonbons contre le médoc ad hoc à prendre deux fois par jour. J’ai acheté un pilulier et mis en place un rituel : verre de lait contre médoc le matin, un bonbon pour la prise du soir…

Par ailleurs, comme il a fallu qu’elle déménage ; changer ses habitudes, connaître de nouveaux voisins ; changer sa temporalité , son biorythme. A son âge un changement de vie, de rythme peut être frustrant, voire violent. Il a fallu en premier lieu obtenir son consentement, de veiller à ne pas trop troubler ses habitudes. J’ai donc essayé de lui épargner tout soucis à cet égard. J’ai aménagé une chambre au rez-de-chaussée avec quelques meubles de chez elle. Elle fut d’accord pour changer d’environnement, puis a voulu retourner chez elle, puis a changé plusieurs fois d’avis, pour finalement souhaiter rester avec moi, dès lors que je puisse rester à demeure près d’elle…

Retrouvez la suite du témoignage de Kevin 

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