Accompagner son proche en maison de retraite

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Article rédigé par Thierry Berrou, Psychologue clinicien, Lundi 28 octobre Consulter son profil complet

Lorsque le maintien à domicile d’un proche devient difficile, souvent parce que son état de santé physique ou mental rend la situation compliquée ou dangereuse, ou bien devient ingérable pour les aidants, vient se poser la question du placement en maison de retraite. Ce moment est souvent vécu avec culpabilité, le proche n’ayant pas toujours conscience de la réalité de sa capacité à se prendre en charge.

« Un petit chez soi vaut mieux qu’un grand chez les autres », dit le proverbe : dans la grande majorité des cas, les personnes âgées souhaitent rester le plus longtemps possible chez elles, ce qui est bien compréhensible.

C’est trop souvent à l’occasion d’une situation de crise, que ce soit une chute, une aggravation de l’état de santé de la personne âgée, un épuisement des aidants… que la question du placement en institution va se poser de manière cruciale, les aidants se trouvant au pied du mur.

La décision risque en effet de se faire alors dans la précipitation et la tension. L’aidant peut être amené à prendre la décision à la place de son proche, responsabilité souvent source de doutes et de culpabilité. Le placement en maison de retraite peut être alors vécu comme un échec.

Pour limiter le risque d’un placement fait dans l’urgence, il faut avoir une bonne estimation de l’état de santé de son proche et de l’impact que celui-ci peut avoir sur son autonomie future, en interrogeant les personnes concernées à différents degrés : le proche lui-même, la famille, le médecin, les infirmières…

L’important est donc d’anticiper.

Dans l’idéal, le placement d’un proche en maison de retraite devrait être la conclusion d’un choix éclairé fait en ayant pris le temps nécessaire à l’acceptation. Le consentement du proche est nécessaire, sauf dans des cas où le maintien à domicile pose un problème de dangerosité avérée, ou bien si le proche est sous mesure de protection.

Actuellement, l’âge moyen de l’entrée en maison de retraite est de 85 ans, les femmes étant majoritaires, et neuf personnes sur dix vivent encore chez elles à 75 ans et au-delà, parfois en situation de perte d’autonomie.

Les personnes âgées prennent en effet rarement d’elles-mêmes la décision de partir en maison de retraite. Il est vrai que de quitter son appartement, les repères et les souvenirs qui lui sont associés, est un sacré bouleversement ! Il y a la crainte de partir vers l’inconnu, de changer ses habitudes, de se sentir moins libre… Mais lorsque les solutions permettant le maintien à domicile sont épuisées, il n’y a parfois pas d’autre possibilité que d’envisager le départ en institution.

Certains envisagent d’accueillir leur proche chez eux mais ce n’est pas toujours possible sur le plan logistique ni même souhaitable lorsque les relations entre le proche et l’aidant ne sont pas suffisamment bonnes.

Cependant, les maisons de retraite véhiculent souvent une image négative, qui renvoie à un imaginaire d’abandon, de mouroir. Autant d’éléments qui ne prêchent pas dans le sens du consentement du côté du proche et laisse le sentiment à l’aidant d’abandonner son parent âgé.

Pour que ce bouleversement ne soit pas traumatisant, il faut laisser le temps nécessaire au proche de se faire à cette idée en évoquant le sujet suffisamment tôt pour que, si l’entrée en maison de retraite devient à un moment nécessaire, cette perspective soit moins effrayante.

Pour ce faire, il est possible d’aborder de temps en temps le sujet, mais sans insistance, en évitant les expressions comme « tu dois… », ou « il faut… ». Il est moins directif d’exprimer les choses en partant de son ressenti qu’en les énonçant comme des vérités. Ainsi, il est préférable de dire « je m’inquiète de ce qui se passerait si tu faisais à nouveau une chute, et je serais rassuré si tu étais dans une maison de retraite » que « tu es tombé plusieurs fois, il va falloir que tu ailles en maison de retraite », trop directif, qui risque de braquer la personne âgée.

Si le moment est venu de prendre la décision, il est important que le proche y participe, et que les discussions soient honnêtes et franches. Il faut lui expliquer que l’on ne cherche pas à se débarrasser de lui mais que l’on pense que c’est la meilleure solution pour lui, si c’est le cas.

Souvent, un des remèdes aux angoisses et au stress, est de s’informer. Toutes les maisons de retraite ne sont pas des lieux tristes et ternes. Visiter, seul ou avec son proche, une ou plusieurs maisons de retraite, permettra de décider en connaissance de cause.

Un placement temporaire peut permettre à la personne âgée de découvrir ce mode de vie et de s’en faire une représentation plus concrète.

Si on préfère généralement rester chez soi, il est des cas où la vie en maison de retraite présente de réels avantages pour la personne âgée comme rompre l’isolement, avoir un meilleur suivi médical, pouvoir bénéficier de stimulations dont elle ne bénéficierait pas chez elle.

Enfin, une fois en maison de retraite, maintenir le lien avec le parent âgé en allant le voir régulièrement, en lui amenant ses petits-enfants, en le maintenant dans le réseau familial lui apportera de la chaleur et lui permettra de s’adapter plus facilement à la vie en institution. Cela permettra par ailleurs à l’entourage familial de mieux gérer la culpabilité, laquelle touche plus fréquemment les enfants qui se sentent les plus proches affectivement de la personne âgée.

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