Bonjour,
Je me permets d’écrire ici parce que je suis aidante pour mon père âgé et que je me sens aujourd’hui complètement épuisée, perdue et coupable.
J’ai 34 ans et je vis à l’étranger. Mes parents sont séparés depuis longtemps. J’ai une bonne relation avec ma mère, mais ma relation avec mon père est très compliquée depuis des années. Mon grand-frère a décidé de couper les ponts avec lui il y a de nombreuses années, et je me retrouve donc seule à gérer toute cette charge. Il est âgé, malade (diabète, chutes à répétition, perte d’autonomie), vit seul dans une maison très dégradée, et refuse souvent l’aide ou la conteste.
Concrètement, j’essaie de l’aider par tous les moyens possibles :
je prends ses rendez-vous médicaux, je coordonne les aides à domicile, je gère l’administratif, je fais les courses, la lessive, le ménage quand je suis sur place, je lui apporte ce qu’il aime manger. Ce n’est absolument pas du repos : au bout de 2–3 jours chez lui, je suis physiquement et mentalement vidée.
Le plus dur, ce n’est pas seulement la charge matérielle, c’est la relation.
Quoi que je fasse, dès que quelque chose ne fonctionne pas parfaitement, je me fais reprocher, rabaisser, accuser. Il me dit régulièrement que je n’ai aucune empathie, que je ne lui ai jamais donné d’affection, que j’ai gâché sa vie. J’ai fini par me construire une sorte d’armure émotionnelle pour tenir, et aujourd’hui il me reproche aussi cette distance.
Il m’écrit très souvent des messages très négatifs, parfois la nuit, me décrivant sa douleur, sa souffrance, sa solitude. Même quand je n’y réponds pas, mon corps est en alerte permanente : boule au ventre, stress latent, fatigue nerveuse. J’ai parfois l’impression de devenir un robot pour survivre.
Je culpabilise énormément parce que je n’arrive pas à “tout plaquer” pour être auprès de lui comme certains aidants le font. En même temps, je sens que rester trop près me détruit. Je suis déchirée entre la compassion (l’imaginer seul, souffrant, sans dignité me brise le cœur) et le besoin vital de me protéger.
Je me surprends parfois à souhaiter que tout s’arrête, que la situation prenne fin, et ça me fait très peur de penser cela. Je ne souhaite pas le mal, mais je suis à bout.
Je viens ici pour savoir si d’autres aidants ont vécu :
cette ambivalence entre amour, rejet, culpabilité et épuisement
cette violence psychologique dans la relation
cette distance émotionnelle qui s’installe pour survivre
Comment avez-vous fait pour poser des limites sans vous sentir inhumains ?
Comment continuer à aider sans s’effondrer ?
Merci à celles et ceux qui prendront le temps de me lire.

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