Athanae

Athanae

13 juin 2026 6:50

Ma mère de 80 ans recommence à marcher après fracture, embolie pulmonaire et choc septique : son EHPAD veut la transférer, risque de perte de chance ?  

Bonjour à tous,

Je suis la tutrice de ma mère, âgée de 80 ans, présentant des troubles cognitifs importants assimilés à une maladie d'Alzheimer avec aphasie. Ehpad public.

Je souhaiterais recueillir vos avis, tant sur le plan médical que juridique, car je suis aujourd'hui très inquiète pour son avenir.

Au cours des 7 derniers mois, ma mère a traversé une succession d'événements médicaux particulièrement graves :

  • fracture du fémur ;
  • embolie pulmonaire massive bilatérale ;
  • choc septique ;
  • infections urinaires récidivantes ;
  • hospitalisation à domicile prolongée ;
  • perte importante d'autonomie.

Pendant plusieurs mois, sa rééducation a été fortement perturbée par ces complications successives.

Alors qu'elle était encore en hospitalisation à domicile et que son état n'était pas stabilisé, un premier projet de transfert de l'unité protégée vers un étage d'hébergement classique avait déjà été envisagé.

À l'époque, ce projet n'avait finalement pas abouti à la suite de mon opposition en qualité de tutrice, sans qu'une véritable concertation préalable n'ait été organisée.

Depuis environ quatre mois, nous avons repris très sérieusement le travail de rééducation.

Aujourd'hui, ma mère marche tous les jours.

Elle réalise ses déplacements quotidiens à pied avec accompagnement.

Les progrès réalisés sont importants et objectivement visibles.

Au début, il fallait pratiquement la soutenir en permanence.

Aujourd'hui, je peux l'accompagner à l'extérieur simplement en lui tenant la main.

Elle retrouve progressivement de la stabilité, de l'endurance, de la confiance et une partie de son autonomie.

Pour la première fois depuis des mois, j'ai le sentiment qu'elle se bat et qu'elle recommence à avancer.

C'est précisément à ce moment-là qu'une décision de transfert vers un étage d'hébergement classique a été prise.

Le courrier de décision est daté du 3 juin mais n'a été envoyé en recommandé que le 8 juin, avec un transfert annoncé entre le 15 et le 19 juin.

Je n'ai pas été consultée préalablement à cette décision alors que je suis sa tutrice et que cette décision modifie directement son lieu de vie et ses conditions d'accompagnement.

Face à cette situation, j'ai mandaté un avocat qui a demandé la suspension du transfert, la communication des évaluations ayant conduit à cette décision ainsi qu'un réexamen approfondi de la situation. Une procédure devant le tribunal administratif est actuellement envisagée.

Mon inquiétude principale concerne le risque de perte d'autonomie et de perte de chance.

Aujourd'hui, ma mère est sollicitée quotidiennement à la marche.

Elle progresse encore.

Je crains qu'un changement d'environnement à ce stade ne compromette les acquis obtenus après plusieurs mois d'efforts.

Je crains également que l'utilisation du fauteuil roulant pour des raisons d'organisation ou de praticité ne réduise progressivement ses occasions de marcher alors même qu'elle recommence à le faire.

Ma mère présente toujours :

  • des troubles cognitifs importants ;
  • une aphasie ;
  • une désorientation fluctuante ;
  • une sensibilité importante aux changements de repères ;
  • une sensibilité marquée au bruit et aux environnements très stimulants.

Je ne cherche pas à mettre en cause un établissement en particulier. Je cherche simplement à comprendre ce qui est le plus adapté pour elle aujourd'hui.

Mes questions sont les suivantes :

  • Sur le plan médical, un changement d'environnement vous paraît-il opportun à ce stade de sa récupération fonctionnelle ?
  • Le risque de perte d'autonomie et de perte de chance vous semble-t-il réel dans une telle situation ?
  • Sur le plan juridique, quels sont selon vous les droits du tuteur lorsqu'une décision modifie significativement les conditions de vie d'une personne protégée ?
  • Certains d'entre vous ont-ils déjà obtenu la suspension ou la remise en cause d'un transfert interne au sein d'un EHPAD ?

Et surtout :

Que puis-je faire de plus aujourd'hui pour lui laisser toutes les chances de poursuivre sa récupération alors qu'elle se bat depuis des mois pour retrouver sa marche et son autonomie ?

Je vous remercie sincèrement pour vos avis, vos retours d'expérience et vos conseils.


Réponses
2 messages de membres 3 messages d'experts
Isabelle Charret Médecin gériatre 15 juin 2026 12:10

Ma mère de 80 ans recommence à marcher après fracture, embolie pulmonaire et choc septique : son EHPAD veut la transférer, risque de perte de chance ?  

Bonjour Athanae,

 

Merci d’être si précise dans votre questionnement autour de la situation de votre maman.

Une question à se poser : Pourquoi votre maman est-elle en unité protégée ? Normalement, ces unités sont dédiées aux personnes avec troubles du comportement afin de les protéger de différents risques inhérents à leur état.

Quoiqu’il en soit, l’établissement a géré formidablement les très graves complications dont elle été victime et sa « remise sur pied » sans jeu de mots ! Comme vous dites, votre maman se bat et vous l’avez aidée. A-t-on trouvé une explication à ces évènements médicaux ? Cela est à prendre en compte dans la surveillance ultérieure. Mais encore une fois, pourquoi l’unité protégée ?

Vous savez que l’admission et le maintien dans ces services est régie par des critères précis afin d’offrir cette chance au plus grand nombre. Les personnes stabilisées peuvent quitter ces unités ou y rester si elles le requièrent toujours.

Alors bien sûr, le ratio malade/soignant n’est pas le même pour les soins de base et la gestion des troubles cognitifs, mais la rééducation se fait normalement de même façon en unité classique et protégée si tant est qu’elle ait une bonne prise en charge en kinésithérapie et /ou psychomotricité.

Ce que vous appelez « donner des chances pour l’autonomie » se transforme pour le médecin gériatre en « donner des chances pour l’apaisement généré par la posture en verticalité (donc humaine) et l’exercice physique (la marche -surtout en extérieur comme vous le signalez-). Autrement dit diminuer le risque de troubles du comportement.

Vous le savez, votre maman perdra, du fait même de sa maladie cognitive, son autonomie. Elle l’a déjà perdue dans le langage et certainement d’autres domaines autrement elle vivrait dans un autre contexte que celui de l’institution. Les malades sont très inégaux : les aires du cerveau responsables de la marche sont atteintes chez certains et pas chez d’autres. Si elle marche à présent on ne peut prévoir l’avenir puisque la maladie progresse inexorablement dans des zones diverses.

Vous semblez à juste titre puisqu’elle est heureuse de marcher, être très concernée par la marche.

C’est le travail des rééducateurs qui est primordial ; puis vient le « contrat » avec les soignants qui l’accueilleront si elle change de service en supposant qu’elle n’ait plus besoin de l’unité protégée. Il faudra leur laisser le temps de connaître votre maman et d’établir une relation confiante entre elle, eux et vous. Mais ne dérogez pas sur la marche telle que vous la décrivez : certaines familles appellent marcher, le fait de trainer un pauvre vieillard épuisé, soutenu contre son gré sous les bras : ce n’est pas le cas !

Vous devez vous sentir bien dans une décision ou une autre : quand l’aidant va bien, le proche malade va bien aussi.

Bons projets !


Athanae

Athanae

15 juin 2026 13:41

Ma mère de 80 ans recommence à marcher après fracture, embolie pulmonaire et choc septique : son EHPAD veut la transférer, risque de perte de chance ?  

Bonjour,

Merci pour votre réponse et pour le temps que vous avez pris pour analyser la situation de ma mère.

Sauf que la mienne marche aujourd'hui plutôt bien au bout de seulement quatre mois de rééducation réellement soutenue. Je la tiens simplement par la main lors de nos sorties et il lui reste essentiellement un léger problème d'équilibre à travailler.

Compte tenu de la fracture du fémur, de l'embolie pulmonaire massive bilatérale, du choc septique, des infections urinaires récidivantes et de plusieurs mois d'hospitalisation à domicile, quatre mois de rééducation représentent finalement peu de temps au regard de ce qu'elle a traversé.

Ce n'est pas une personne épuisée que l'on force à marcher. Au contraire, c'est une battante qui ne renonce jamais. Elle manifeste elle-même l'envie de se lever, de sortir et de marcher. C'est d'ailleurs ce qui me donne aujourd'hui l'impression qu'elle récupère encore.

Vous posez la question de son maintien en unité protégée.

À l'origine, elle y a été admise en raison de troubles cognitifs importants et d'épisodes de déambulation. Je m'interroge d'ailleurs sur le risque qu'une récupération de la marche puisse justement conduire à une reprise de cette déambulation dans les mois à venir, ce qui poserait alors la question d'un nouveau retour en unité protégée.

Par ailleurs, ma mère est assimilée Alzheimer mais son atteinte est principalement d'origine vasculaire. Elle me reconnaît, reconnaît les personnes qui l'entourent, manifeste des émotions adaptées, interagit avec son environnement et conserve certaines capacités qui ne correspondent pas toujours à l'image classique d'une maladie d'Alzheimer évoluée.

Mon inquiétude principale n'est donc pas tant le changement d'unité en lui-même que la poursuite concrète de sa récupération fonctionnelle.

Nous avons déjà connu le secteur classique avant son admission en unité protégée. Mon inquiétude ne repose donc pas sur une appréhension théorique mais sur une expérience vécue. C'est précisément parce que j'ai observé son fonctionnement dans les deux environnements que je m'interroge aujourd'hui sur l'opportunité d'un changement à ce moment précis de son parcours.

Depuis plusieurs mois, tout est orienté vers la marche, la verticalité et la récupération de son autonomie. J'ai peur qu'un changement d'environnement intervienne précisément au moment où elle recommence à progresser.

Je comprends parfaitement qu'un jour viendra où sa maladie prendra davantage le dessus, où elle décidera peut-être elle-même de moins se lever, de moins marcher ou de lâcher prise. Ce jour-là, j'accepterai cette évolution parce qu'elle correspondra à son état réel.

Mais aujourd'hui, ce n'est pas ce que j'observe.

Aujourd'hui, je vois une femme de 80 ans qui se bat, qui veut se lever, qui veut marcher, qui progresse encore et qui semble heureuse lorsqu'elle retrouve cette liberté de mouvement.

C'est probablement là que se situe ma principale interrogation : comment s'assurer que les acquis obtenus grâce à ces quatre mois de rééducation continueront à être encouragés et développés au quotidien, et pas uniquement pendant les séances de kinésithérapie ?

Bien cordialement.

Elle est assimilée alzheimer (mais chez elle c'est vasculaire, elle me reconnait, reconnait les gens autour d'elle, ne perds pas la mobilité comme un alzheimer "pur").


Isabelle Charret Médecin gériatre 15 juin 2026 17:00

Ma mère de 80 ans recommence à marcher après fracture, embolie pulmonaire et choc septique : son EHPAD veut la transférer, risque de perte de chance ?  

Bonjour Athanae,

Il est très clair dans votre premier texte que votre maman ne rentre pas dans le cade des personnes à qui on impose la marche !

Sans connaître les personnes pour lesquelles on nous demande des conseils, le but de nos réponses est de proposer une réflexion, d’autres perspectives sensées et explicatives. Lorsqu’on est immergé dans une problématique il peut être bon d’être aidé. Rien de plus.

Les décisions des aidants reposent sur de nombreux facteurs dont le ressenti et l’expérience de la situation.

Ne peut-on vous laisser l’été pour réfléchir de façon concertée ?

Bien à vous


Marie-Hélène Isern-Réal Avocate 17 juin 2026 12:12

Ma mère de 80 ans recommence à marcher après fracture, embolie pulmonaire et choc septique : son EHPAD veut la transférer, risque de perte de chance ?  

Bonjour Athanae,

Vous posez aussi la question de savoir quels sont les droits du tuteur face à un conflit avec l'EHPAD sur le lieu de prise en charge médicale de votre maman.

Le tuteur n'a aucun droit, mais des obligations à l'égard de la personne protégée. La loi prévoit que, dans la mesure où la personne a la possibilité de collaboration avec les médecins, le tuteur n'a qu'un pouvoir d'accompagnement.

Je suppose que vous avez déjà discuté avec l'EHPAD de la modification de son plan personnel d'accompagnement que vous devez cosigner. Il n'est pas normal que vous n'ayez pas été consultée au préalable.

Mais, comme l'indique le Docteur Charret, il s'agit d'une décision médicale. Voyez avec votre avocat s'il est opportun de lancer un conflit judiciaire, qui va prendre du temps pour un résultat aléatoire, au vu des documents qui vous seront transmis en votre qualité de tutrice.

Sachez aussi que vous pouvez obtenir une médiation par un professionnel qualifié par l'intermédiaire de l'Agence régionale de santé.

En attendant, sur place, je suppose que vous allez pouvoir garantir à votre maman une prise en charge aussi efficace dans l'unité de séjour ouvert.

L'important, c'est la modification du plan personnel d'accompagnement qui peut prévoir des aménagements.


Athanae

Athanae

17 juin 2026 12:48

Ma mère de 80 ans recommence à marcher après fracture, embolie pulmonaire et choc septique : son EHPAD veut la transférer, risque de perte de chance ?  

Bonjour,

Merci pour votre réponse.

Je comprends parfaitement votre analyse et je vous remercie pour les pistes que vous évoquez.

C'est justement l'absence de concertation qui me préoccupe aujourd'hui. En tant que tutrice, je n'ai pas été associée à la réflexion en amont et j'ai été informée par courrier recommandé d'une décision déjà arrêtée.

À ce jour, malgré mes demandes, je n'ai toujours pas pu obtenir d'échange direct permettant de discuter de l'évolution récente de ma mère, de sa rééducation ou des aménagements qui pourraient être envisagés.

Ma mère a traversé ces derniers mois une fracture du fémur, une embolie pulmonaire massive bilatérale, un choc septique, plusieurs infections urinaires et deux hospitalisations à domicile. Après cette période extrêmement difficile, elle recommence aujourd'hui à marcher quotidiennement et progresse encore.

Je ne suis pas opposée par principe à une évolution de sa prise en charge si celle-ci devient nécessaire. Mon inquiétude porte davantage sur le moment choisi, alors qu'elle est encore dans une dynamique de récupération et de progression, et que je n'ai pas pu participer à une réflexion concertée sur son projet d'accompagnement. La professionnelle qui assure actuellement sa rééducation m'a d'ailleurs indiqué que son évolution demeurait difficile à prédire à ce stade (soit on ira vers le mieux, soit elle en restera à ce stade de progression).

Je retiens avec intérêt votre remarque concernant la médiation par l'intermédiaire de l'ARS ainsi que l'importance du plan personnalisé d'accompagnement.

Je vous remercie pour le temps consacré à ma situation.

Bien cordialement.


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