Partie 1 – Quand la dépendance survient et que la fratrie s’expose pour le pire

Partie 1 – Quand la dépendance survient et que la fratrie s’expose pour le pire

Claude est aidante de sa maman de 96 ans. Elle s’en occupe pour tout, à distance, avec l’une des aides à domicile. Récemment, sa mère est tombée inconsciente à son domicile et a été transférée à l’hôpital. Claude est descendue en urgence pour prendre soin d’elle, les deux jours passés à l’hôpital ayant suffi à la rendre encore plus dépendante et incontinente. Et comme si cela ne suffisait pas, la sœur de Claude et l’un de ses frères « l’ont enterrée vivante » !

Claude, vous avez souhaité nous raconter ce que vous avez vécu en tant qu’aidante lorsque la dépendance de votre maman de 96 ans s’est aggravée à la suite d’une chute à son domicile

Oui, en effet, je m’occupe de ma mère depuis qu’elle vit seule chez elle. J’ai commencé par la gestion administrative à distance. Prélèvements automatiques de toutes ses charges, déclarations d’impôt… Puis, n’étant pas à côté, j’ai, avec son accord, fait faire une procuration sur son compte bancaire car elle commençait à avoir des difficultés à se déplacer et donc à aller à la banque. Heureusement, elle a une aide à domicile depuis 4 ans maintenant, qui est tellement efficace et honnête que cela me facilitait grandement le travail. Des aides à domicile comme elle, c’est un vrai soulagement quand on ne peut pas être présent ! Mais pour ses dépenses quotidiennes, les courses, à ce moment-là, je devais aller chez ma mère tous les 2 ou 3 mois pour pouvoir retirer de l’argent et comme je travaillais encore, ce n’était pas facile. D’autant plus que je me suis aperçue, il y a 3 ans, que l’un de mes frères n’avait qu’une idée… lui vider son compte en banque ! Il a alors fallu que je la protège. J’ai acheté un coffre à code qui est caché dans la maison, et dont seules l’aide à domicile et moi connaissons le code. Aujourd’hui, j’ai fait faire une carte bleue prépayée. C’est bien pratique et cela évite de retirer beaucoup d’espèces. Là encore, c’est l’aide à domicile qui la garde avec elle puisque maintenant, comme elle vient tous les midis, elle gère les courses et les repas. D’ailleurs, depuis que ce frère n’a plus accès à l’argent, il ne vient quasiment plus voir notre mère alors qu’il habite à 30 km !

Récemment, un événement est venu compliquer les choses. Que s’est-il passé ?

Eh bien, depuis que je m’occupe de ma maman, il y a 8 ans maintenant, j’ai mis en place les aides au fur et à mesure de sa perte d’autonomie. D’une heure par semaine au début – car elle ne voulait personne – elle avait, avant sa chute récente, 2 heures par jour pour le repas du midi et du soir, et l’entretien du logement. Encore une fois, j’ai eu la chance de tomber sur un service d’aide à domicile humain. Et surtout sur cette aide à domicile qui était infirmière au Maroc, son pays d’origine. Et ça change tout ! Dans son pays, il n’y a pas d’aides comme en France. C’est la famille qui prend soin des anciens. Et elle s’occupe de ma mère comme elle le ferait avec la sienne. Elle fait même les courses sur son temps personnel ! C’est une vraie perle. J’avais pris aussi un cabinet infirmier tous les jours pour la toilette, les bas de contention et le pilulier. Bon, il a fallu que je râle un peu car dernièrement, ils passaient à midi et parfois à 13 heures. Du coup, l’aide à domicile, qui arrivait plus tôt, faisait leur travail !

Et puis, un dimanche de janvier, l’aide à domicile m’a appelée car elle a retrouvé ma maman inconsciente sur le carrelage de son salon. Elle a appelé les pompiers, qui l’ont hospitalisée en urgence. Et là, tout a changé. Je suis allée chez elle le lendemain car on m’avait dit qu’elle sortirait rapidement. Mais quand je suis arrivée, la maison était vide. J’ai tout de suite appelé l’hôpital sans savoir où elle était, ni ce qu’il se passait. J’étais très inquiète, car en plus avec ce Covid, on ne peut pas aller à l’hôpital. Après avoir été baladée de service en service, j’ai enfin réussi à avoir l’infirmière du service de court séjour où elle avait fini par être admise après être passée aux urgences, puis en gériatrie. Elle m’a rassurée sur le fait que maman ne s’était rien cassé mais qu’ils faisaient des examens complémentaires car certains résultats n’étaient pas bons et qu’elle était déshydratée à cause de la chute. J’ai demandé à lui parler mais l’infirmière m’a dit qu’elle n’avait pas de chambre et qu’on ne pouvait pas me la passer. Alors là c’était trop ! J’ai imaginé ma pauvre maman sur un lit à barreau dans le couloir et j’ai pleuré. Je ne pouvais ni la voir ni l’entendre et j’ai pensé qu’elle devait être complètement désorientée et peut-être se dire que ses enfants l’avaient abandonnée. J’ai passé la soirée au téléphone avec l’un de mes frères, avec lequel je m’entends bien, et ma sœur que j’appelle quand c’est nécessaire et que j’ai besoin d’elle pour maman, ce qui n’est pas souvent. Quant à mon autre frère, je n’ai plus de relation avec lui depuis que je me suis aperçue qu’il profitait de la faiblesse de notre mère pour lui prendre son argent. Il l’a d’ailleurs fait avant que je sécurise tout. Il a tout essayé. S’installer chez elle, faire faire une carte bleue, un dossier de tutelle. Et comme ça ne marchait pas, il a voulu la prendre chez lui soi-disant pour s’en occuper. Refus catégorique de nous 4. Heureusement que mes frères et sœur sont avec moi dans ces cas-là. Je les ai donc appelés pour leur dire que je voulais ramener maman chez elle mardi (on était lundi) et que j’irai la chercher avec l’aide à domicile en voiture. Vous comprenez, c’est quand même une responsabilité ! Ils m’ont répondu « tu fais au mieux ». Je n’ai rien dit mais j’ai compris à ce moment-là que, non seulement ils se reposaient sur moi depuis tout ce temps, mais qu’en plus, ils ne voulaient surtout pas prendre de décision. C’est facile, comme ça, s’il y a un problème, ce sera de ma faute.

À ce moment précis, je me suis vraiment sentie seule. Alors j’ai appelé l’hôpital le mardi matin et je leur ai dit que je venais chercher ma mère puisqu’elle n’avait rien de grave. L’infirmière m’a répondu sèchement : « Ah bon, vous voulez qu’elle sorte contre l’avis du médecin ! ». Je lui ai répondu qu’elle était toute seule et qu’elle serait mieux chez elle, que je pouvais m’en occuper.

Autant dire qu’après avoir entendu ça, j’ai culpabilisé et je me suis demandé si c’était la bonne décision. J’étais déboussolée et je ne savais plus quoi faire. Mais j’avais sans cesse l’image de ma mère allongée sur un lit dans un couloir d’hôpital, ne pouvant rien faire d’autre qu’attendre. Et puis, une demi-heure après, j’ai reçu un appel du médecin qui s’était occupé d’elle. Elle a été super. Elle m’a rassurée et m’a dit que j’avais raison et que c’était mieux qu’elle rentre chez elle. Elle m’a fait des ordonnances, y compris pour du matériel médical. Elle attendait encore un résultat et organiserait son retour en ambulance pour le début d’après midi. Ouf ! J’étais rassurée.

Quand maman est rentrée, je ne l’ai pas reconnue. Elle était désorientée et surprise de me voir. Elle avait les yeux creusés et paraissait avoir pris 10 ans d’un coup. Quand je lui ai raconté ce qu’il s’était passé, elle a été surprise. Elle ne se souvenait de rien. Et puis, j’ai vite découvert qu’elle était devenue incontinente et qu’elle avait beaucoup de mal à se déplacer. Elle ne faisait déjà plus grand chose mais là, elle ne faisait plus rien du tout. Elle passait du lit au fauteuil et à la chaise pour manger. Il fallait tout prendre en charge du lever au coucher.

J’avais prévu de rester encore 4 jours mais je ne voulais pas qu’elle reste seule. Alors j’ai appelé mon frère et ma sœur pour leur demander (et même imposer un peu) de faire le relais une semaine chacun. Et miracle, ils ont accepté. Surtout que l’aide à domicile, qui vient tous les midis, était en vacances 15 jours. Ce n’était pas possible. Alors, pendant ces 4 jours, ça a été le parcours du combattant. Voir le médecin pour refaire les ordonnances qui n’étaient pas conformes, commander le lit médicalisé, la chaise percée et le déambulateur, retirer les tapis, installer un système de téléassistance anti-chutes, réorganiser les passages d’aides à domicile… Je devais faire tout ça avant de repartir car je savais que ma sœur qui allait arriver ne s’en serait pas occupée.

La suite de l’histoire de Claude sera prochainement publiée dans Aidons les nôtres.

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