Qui sont les jeunes aidants et quels sont leurs droits ?
Longtemps invisibles, les jeunes aidants sont aujourd’hui mieux reconnus par les pouvoirs publics. Pourtant, beaucoup d’entre eux n’ont pas conscience de leur rôle et ignorent encore les droits et dispositifs existants pour les soutenir. Qui sont ces jeunes qui accompagnent un proche malade, en situation de handicap ou de perte d’autonomie ? Combien sont-ils en France et quelles aides peuvent-ils mobiliser pour concilier aidance, scolarité ou vie professionnelle sans s’épuiser ?
Jeunes aidants en France : des chiffres encore sous-estimés
Difficile d’identifier et quantifier les jeunes aidants, les données chiffrées du gouvernement et des associations diffèrent en fonction de leur âge et de leur situation. Les jeunes aidants eux-mêmes n’ont pas toujours conscience de leur rôle qu’ils jugent « normal » et beaucoup hésitent à en parler par peur d’être stigmatisés ou incompris, à l’école comme au travail.
L’association JADE (Jeunes Aidants Ensemble) a permis d’identifier 70 000 jeunes aidants scolarisés entre 16 et 25 ans en 2023.
12 % sont des collégiens, 14 % des lycéens, 16 % sont des étudiants, 86 % sont des femmes.
Les jeunes enfants sont exclus de ce calcul. L’association estime que 500 000 enfants accompagnent régulièrement un proche en situation de maladie, de handicap ou de perte d’autonomie.
Qu’ils soient mineurs, étudiants, apprentis ou jeunes actifs, tous partagent une même réalité : devoir concilier très tôt aidance, scolarité ou emploi, souvent sans connaître leurs droits ni les dispositifs existants pour les accompagner. Résultat : la fatigue et le stress peuvent conduire à l’absentéisme, au décrochage scolaire et à l’isolement social.
24 % déclarent « avoir décroché à l’école à cause de leur situation » (1).
Alors, comment les aider ?
Quels sont les droits et aides existants pour les jeunes aidants ?
Ces dernières années, les jeunes aidants ont été intégrés aux politiques publiques à travers la stratégie nationale « Agir pour les aidants », qui reconnaît leur besoin spécifique de soutien et de répit, quel que soit leur âge. Concrètement le cadre de la loi prévoit 5 aides (2).
Les 5 principales aides prévues par la loi pour les jeunes aidants
La 1ère aide est la revalorisation de l’attribution des bourses sur critères sociaux aux étudiants aidants, avec 4 points supplémentaires depuis la rentrée 2023-2024.
La 2ème aide permet de demander un aménagement des études, avec des rythmes spécifiques et un accompagnement pédagogique particulier tout au long de la scolarité : étalement du cursus dans le temps, inscription prioritaire, dispense d’assiduité aux cours, aménagement des examens, mise à disposition de cours en ligne, soutien pédagogique par un référent, prise de notes par un autre étudiant, etc.
La 3ème aide est l’accès gratuit à des formations pour apprendre à se préserver, comprendre et accompagner leur proche.
La 4ème aide concerne l’aide au répit. Il existe des plateformes de répit, ainsi que la MDPH et les CCAS, qui informent et proposent des solutions adaptées.
Par exemple, le dispositif Brin d’écoute, porté par La Pause Brindille, propose un tchat anonyme et une ligne d’écoute dédiée aux jeunes aidants de 13 à 25 ans. Assuré par des personnes formées et supervisées par des psychologues, ce dispositif permet de rompre l’isolement à des moments clés de la journée ou de la nuit et d’orienter, si nécessaire, vers d’autres formes d’accompagnement.
D’autres initiatives existent, comme les séjours artistiques-répit portés par JADE, offrant un temps de pause, un espace d’expression, de reconstruction et d’accompagnement encadré par des professionnels. Ces dispositifs sont gratuits pour les familles.
Enfin, la 5ème aide concerne la reconnaissance des compétences et de l’engagement des jeunes aidants, notamment à travers la circulaire du 23 mai 2022. Grâce à cette reconnaissance, les jeunes aidants ne doivent plus avoir peur d’être stigmatisés et peuvent comprendre que leur situation d’aidance précoce leur confère des compétences reconnues pour leur avenir professionnel : sens des responsabilités, capacité d’adaptation, sens de l’organisation, qualités relationnelles…
Ces qualités sont de véritables atouts, à condition de ne pas être acquises au détriment de leur santé.
Mieux reconnaître et accompagner les jeunes aidants : un enjeu de société
Être jeune aidant est un défi quotidien, et personne ne devrait y faire face seul. Reconnaître les droits des jeunes aidants, les identifier et développer des réponses adaptées, c’est investir dans des parcours de vie plus justes.
Parler de sa situation, c’est se donner les moyens d’être accompagné, mais aussi contribuer à faire évoluer durablement le regard de la société sur l’aide, la jeunesse et l’autonomie. Se reconnaître comme jeune aidant, c’est connaître ses droits et anticiper les difficultés, plutôt que d’intervenir lorsque l’épuisement, le décrochage ou les troubles de santé sont déjà installés.
(1) Source Credoc-Macif 2023
(2) https://www.enseignementsup-recherche.gouv.fr/fr/accompagnement-des-etudiants-aidants-par-les-etablissements-d-enseignement-superieur-95295
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