Comment améliorer sa mémoire ?

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Article rédigé par Thierry Berrou, Psychologue clinicien, 9 février 2016 - mis à jour le 24 mars 2016 Consulter son profil complet

Les plaintes concernant la mémoire sont plus fréquentes avec les années. Elles ne sont généralement pas le signe d’une détérioration du cerveau mais elles peuvent générer de l’inquiétude et altérer le sentiment de confiance en soi. Cependant il est possible, à tout âge, de l'améliorer, en comprenant mieux son fonctionnement pour mieux savoir l’utiliser.

Le fonctionnement de la mémoire est dépendant de plusieurs éléments, physiologiques et psychologiques. La mémoire n’est pas qu’un simple enregistrement de données : elle est le résultat d’un tri des expériences permettant de mieux s’adapter aux situations nouvelles à partir des expériences anciennes. Ainsi, certaines informations jugées non pertinentes ou ne correspondant pas à notre cadre de référence ne seront pas retenues. Ces données sont d’autant mieux stockées qu’elles nous concernent directement.

Quels sont les facteurs qui aident à mieux mémoriser les informations ?

Les émotions

En premier lieu, il convient de comprendre les liens entre mémoire et émotions. Les émotions sont en effet les fixateurs de la mémoire. Elles mobilisent notre attention. Nous retenons ainsi plus facilement nos premiers émois amoureux, nos deuils, nos traumatismes que les évènements qui nous laissent indifférents.

Ce mécanisme adaptatif fonctionne parfois trop efficacement et devient alors en lui-même problématique. Dans le cas de personnes manifestant un stress post-traumatique à la suite, par exemple, d’une agression, elles peuvent voir leur conscience régulièrement assaillie par la réminiscence de souvenirs, de scènes ou de détails de l’événement traumatique. Dans ces cas-là, il est d’ailleurs fréquent que les personnes aient un souvenir très précis de l’arme qui les a menacées, oubliant les autres informations, telles que le visage de l’agresseur, maintenues à la périphérie de la conscience. Ceci nous amène à pointer la nécessité d’être capable d’oublier, même si cet oubli ne consiste pas en un simple effacement de certaines informations, mais plutôt d’un retraitement des informations.

Ces liens entre mémoire et émotions sont confirmés par les recherches en neurosciences, lesquelles mettent en évidence le fait que certaines structures cérébrales (amygdale et hippocampe notamment) jouent un rôle à la fois dans la régulation des émotions et dans le stockage des informations en mémoire.

De ce fait, ce qui va perturber le fonctionnement des émotions va perturber le fonctionnement de la mémoire. Ainsi, des atteintes dégénératives ou lésionnelles de l’hippocampe, une anxiété importante, une dépression ou, plus simplement, le fait d’être coupé, dissocié de ses émotions vont altérer son fonctionnement. Cette forme de dissociation des émotions – voire de la réalité parce que l’esprit constamment absorbé par des préoccupations intérieures, perdu dans la lune pourrait-on dire - peut apparaître comme un mécanisme de défense face à des stress importants ou répétés.

La signification

En second lieu, nous retiendrons plus aisément ce qui pour nous a du sens que ce qui n’en a pas, ce qui est logique que ce qui ne l’est pas. Ainsi, lorsque nous pouvons repérer une structure dans ce que nous avons à apprendre, la tâche devient plus facile : de ces deux séries comprenant neuf chiffres, à savoir 1 3 8 5 4 9 7 6 2 et 1 2 3 4 5 6 7 8 9, la seconde série sera évidemment bien plus facile à retenir même si elle contient la même quantité de chiffres !

Nous retiendrons également plus facilement quelque chose qui a un lien avec des connaissances antérieures que quelque chose d’inédit, notamment parce que cela aura plus de sens pour nous et que nous pourrons l’associer à ce que nous savons déjà.

La concrétisation

Il est plus facile de retenir quelque chose que l’on peut se représenter concrètement, que l’on peut visualiser. Nous risquons donc moins d’oublier un élément dans une liste de course si on se le représente concrètement : vous oublierez d’autant moins d’acheter du citron si, au lieu de chercher à vous souvenir du mot citron, vous consacrez un instant à vous représentez visuellement le fruit, ainsi que le goût acide d’une goutte de jus de citron sur la langue.

La répétition

Lorsque nous effectuons un apprentissage un réseau de neurones se met en place. A chaque fois que nous répéterons cet apprentissage ou que nous l’utiliserons, ce réseau de neurones va se renforcer. C’est cette propriété qu’utilise le cerveau des élèves qui apprennent une table de multiplication en se la répétant et cela reste valable quelque soit l’âge.

Que faire pour mieux utiliser sa mémoire ?

Dans la pratique, pour bien utiliser sa mémoire et améliorer nos aptitudes dans ce domaine, nous devrons utiliser ces différentes caractéristiques du fonctionnement de la mémoire que les anciens connaissaient déjà. Ainsi, les romains employaient-ils la méthode des loci, qui consiste à associer les éléments d’une liste à des lieux connus : pour mémoriser un discours, par exemple, on se représentait chaque point important du discours par une image mentale saisissante que l’on visualisait dans chaque lieu. Il s’agissait ensuite de parcourir mentalement chaque lieu pour y retrouver l’image que l’on y avait déposée pour se souvenir des points clefs du discours.

Ainsi, si vous avez tendance à oublier régulièrement votre parapluie, il y a quelque chose que vous pourriez faire : visualiser le parapluie au travers de la porte d’entrée (la mémoire a en effet besoin de repère). Ensuite, vous pouvez vous imaginer, sortant de la pièce en trébuchant sur le parapluie et tombant par terre, pour y ajouter une émotion. Par la suite, lorsque vous passerez la porte d’entrée, votre esprit fera le lien avec le parapluie.

Il est également possible d’améliorer la qualité attentionnelle et la présence à soi-même par la pratique de techniques comme l’hypnose, la méditation, le yoga.

Enfin, n’oubliez pas que le cerveau, comme un muscle, ne s’use que si l’on ne s’en sert pas ! Une activité, même manuelle comme du jardinage ou du bricolage, mobilisera des apprentissages qui feront travailler votre cerveau d’autant plus efficacement qu’elle nécessitera des actions variées. D’ailleurs, l’état du cerveau étant tributaire de celui du reste du corps, l’activité physique en elle-même est bonne pour la mémoire, puisqu’en oxygénant votre corps, vous oxygénez votre cerveau.

Mots clés : La mémoire
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