Comment convaincre une personne âgée sans la contraindre ?

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Article rédigé par Guillaume Besse, Médecin, Lundi 18 février Consulter son profil complet

Cet article concerne volontairement les personnes âgées exprimant leurs choix. A partir d'un exemple, il sera proposé une conduite pour convaincre, après exposé des motifs justifiant un refus d'échange avec l'aidant et pourquoi toute contrainte est déconseillée.

La convaincre

Car diverses insécurités apparaissent à l'aidant familial bienveillant (souci d'autrui) qui décide de porter assistance au proche ne percevant pas ce danger (sanitaire, alimentaire, ...) pouvant rendre son maintien à domicile difficile, porter atteinte à sa dignité, favoriser une hospitalisation, etc.

Ne pas la contraindre

Ce «  rapport de force » peut apparaître comme LA solution après un échange impossible par des causes propres à la personne âgée :

  • dépression non gérée (40% rejettent toute proposition),
  • souffrance d'être un « poids » pour son enfant entrant de sa propre initiative dans son espace décisionnel,
  • confrontation à l’âge avancé parfois redouté (déni),
  • craintes financières (soutien financier d'une autre personne familiale) ou de remplir elle-même des dossiers administratifs supposés complexes ou indiscrets,
  • peur d'être envahie par des aidants inconnus alertant régulièrement ses enfants et « faisant à sa place »,...

Mais aussi, côté aidant, une gestion inadaptée de l'échange.

La contrainte fuit la bienveillance, favorise la non reconnaissance voire un syndrome anxio-dépressif majorant sa souffrance d'avoir été infantilisée. Voire un arrêt relationnel avec l'aidant alors épuisé, exposé aux remords,...

Quelles étapes pour convaincre ?

Pour bien comprendre le processus, nous allons partir d'un exemple concret : une personne âgée a oublié à plusieurs reprises de prendre ses médicaments. L'aidant en a été informé par l'éventuelle aide à domicile ou s'en est aperçu lors d'une visite.

Avant le premier échange, vouloir en sortir tous deux rassurés : elle aura apprécié la clarté, la reconnaissance de sa capacité d'analyse, de sa liberté de décision (son consentement précède cette sécurité attendue par l'aidant). Donner du temps à tout échange, y être empathique et détendu par une préparation (recherches, échanges avec autrui, tenants et aboutissants des propositions) et anticipation des réponses à ses questions.

Le premier échange : l'inviter à s'assoir (fauteuil confortable), éventuelle prothèse auditive en place. S'assoir en face d'elle, fenêtre dans son dos, lui parler à voix articulée, sans l'élever.
Lui prouver qu'on la responsabilise et la respecte : « J’aimerai connaître ton avis sur un sujet me semblant important » puis « Tu n'est pas obligé de décider maintenant ; nous pourrons en reparler. » 
Puis être empathique : « Ce n'est probablement pas facile pour toi, mais ce sujet concerne l'avancée en âge sur lequel beaucoup de retraités ne sont pas à l’aise. »

Ensuite, énoncer (ici, gérer des oublis médicamenteux, signalés par l'éventuelle aide à domicile) : « Dès 50 ans, 50% des personnes ont une mémoire moins performante, majoritairement par vieillissement cérébral normal. Moi même, je ne me souviens parfois plus de ce que je viens chercher dans telle pièce ! Je comprends mieux que tu oublies parfois certains cachets, comme tu le disais l'autre jour. Or je souhaite aussi que tu vives tranquillement chez toi, en sécurité. Mais 20% des hospitalisations des personnes âgées sont dûes au mauvais usage du médicament. » 

Puis proposer en rassurant : «Une infirmière, tenue au secret professionnel, pourrait préparer ton pilulier une fois par semaine, t'évitant l'angoisse d'un remède oublié. Prise en charge par l'Assurance-Maladie sur prescription médicale, tu pourrais en faire un court essai. Je comprendrai que tu hésites mais t'invite à y réfléchir tranquillement. »
S'il hésite, lui faire préciser ses raisons (exemple : « Si elle ne me plaît pas ? », ...), le rassurer soit immédiatement soit plus tard, quitte à lui proposer de se renseigner sur tel ou tel point.

Le deuxième échange (objectif et préparation identiques) : «As-tu repensé à notre discussion ? » Soit il n'a pas pu et on lui propose d'en reparler plus tard.
Soit il y a pensé; ou bien il l'accepte, même un court essai, et l'organise lui-même avec son médecin traitant. Il est alors bon de le féliciter et de lui dire combien on a été heureux de partager avec lui. Ou bien il refuse : lui redemander ce qui l'inquiète, le rassurer soit immédiatement soit plus tard, quitte à lui proposer de se renseigner sur ce point.

Si le refus persiste, lui suggérer de recueillir un autre avis, soit de son médecin traitant, soit, en l'aidant si elle en est d'accord, par l'intermédiaire d'une médiation familiale ou d'un acteur social (Centre Local d'Information et de Coordination gérontologique, Centre Communal d'Action Sociale de sa commune, service social de sa caisse de retraite,...).

A lire aussi :

 

Mots clés : Soins au quotidien
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