La maltraitance : sujet tabou ?

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Article rédigé par Eric Denoyer, Gérontologue Ingénieur Social, 27 mars 2014 Consulter son profil complet

L’actualité la met sous les feux de la rampe régulièrement : fermeture d’établissement ou encore licenciement de personnel. Si cette facette de la maltraitance est spectaculaire, nous ignorons trop souvent que 2/3 des actes de maltraitance recensés sont commis à domicile. Un chiffre qui a de quoi interpeller et inquiéter. Dès lors, comment identifier nos propres risques d’être maltraitant ? Et quelles questions se poser si un de nos proches doit entrer en établissement ?

 

La maltraitance suppose une dissymétrie dans la relation et une notion de prise de pouvoir

 
La première attitude de prévention consiste à savoir et à accepter que cela peut nous concerner tous.
  • En tant que professionnels, nous sommes souvent confrontés à la multiplicité des principes : dignité, autonomie, non-malfaisance, bientraitance, justice, responsabilité, confiance, respect de la vie… Le principe de bientraitance est souvent compris différemment par les uns et par les autres.
  • En tant qu’aidants, nous méconnaissons souvent les différentes formes de maltraitance. Et parce que nous sommes proches de nos parents ou conjoints, nous pensons être à l’abri. Cependant, une trop grande fatigue, un comportement énervant et répété de la personne âgée, des problèmes financiers ou personnels… peuvent nous amener à avoir des comportements inadaptés.
 
Car la maltraitance n’est pas « seulement » physique ou psychologique. Elle couvre un champ allant de la négligence à des actes graves comme des coups ou des abus financiers par exemple.
 
La négligence peut être passive, non intentionnelle et relève dans ce cas de l’ignorance, de l’oubli ou de l’inattention, par manque de compétences ou de connaissances. Il est alors important d’avoir accès à de l’information, à de la formation sur certaines maladies ; cela permet de mieux comprendre, donc de mieux « être » avec nos proches et nous-mêmes.
 

Tour d’horizon des différents types de maltraitance

 
Plus que des définitions, voyons quelques exemples d’actes de maltraitance.
 
  • La maltraitance physique : elle peut prendre la forme de manipulations douloureuses sans se préoccuper de l’effet produit par les gestes (professionnels ou non) ni chercher les moyens d’épargner la douleur, de coups, de blessures, de soins brusques, de contention abusive, de violences sexuelles, de dénutrition et/ou de déshydratation. Exiger des efforts impossibles à effectuer est un acte maltraitant quand il ne tient plus compte des capacités de la personne…
  • La maltraitance psychique ou morale : un langage irrespectueux ou dévalorisant, une absence de considération, des chantages ou des menaces, des intimidations, des humiliations, une infantilisation, une exclusion sociale, le non-respect de l’intimité… Autant d’attitudes alimentant ce déséquilibre dans la relation.
  • La maltraitance matérielle ou financière : elle est très fréquente, notamment à domicile. Escroqueries, captations d’héritage, exigence de pourboire, procurations abusives, locaux inadaptés…
  • La maltraitance civique : beaucoup moins médiatisée et pourtant les facteurs de risques sont nombreux. Elle parle du non-respect des droits fondamentaux de la personne. Une chambre verrouillée, un placement forcé, une interdiction de voir telle ou telle personne…
  • La maltraitance médicale ou médicamenteuse : manque de soins de base, soins inappropriés, non-information sur les soins ou les traitements, abus de sédatifs, défaut de soins de rééducation, non prise en charge de la douleur, manque de coordination dans les soins…
 
Ce descriptif n’est pas exhaustif mais se veut démonstratif. Il est important de pouvoir identifier des situations de la vie de tous les jours et de sortir d’approches trop abstraites.
 
Avec la dépendance d’un proche, l’interaction relationnelle entre l’aidant(souvent une personne de la famille) et l’aidé âgé induit alors un nouveau « cadre de vie ». L’un et l’autre vont agir en fonction de leurs attentes réciproques (la personne dépendante par ses besoins affectifs, l’aidant par son besoin de prendre soin, de « faire ce qu’il faut »). Or, ces attentes vont souvent être déçues, à plus ou moins long terme, du fait de l’évolution du niveau (ou du type) de dépendance et de la fatigue de l'aidant, tiraillé entre son désir de bien faire et ses difficultés face à certaines situations. De possibles dérapages peuvent aller jusqu'à la maltraitance des deux côtés.
 

Quels indicateurs pour évaluer la prise en compte de la maltraitance en institution ?

 
L’entrée en institution est une étape parfois difficile, tant pour l’aidant que pour l’aidé. Outre la possible culpabilité ressentie par l’aidant, s’ajoute l’appréhension quant à la qualité d’accueil au sein de l’institution. Mon proche sera-t-il bien ? Comment va-t-il être accompagné et par qui ?
Il est important, lorsque le processus d’entrée en institution ne se fait pas dans l’urgence, de s’autoriser à demander, à questionner afin d’avoir une représentation des valeurs défendues et des procédures mises en place par les équipes. Voici quelques points pouvant vous aider dans l’appréhension de ce nouvel environnement et de la place accordée à l’Autre.
  • Au niveau de l’établissement et des équipes : la formation des équipes, les réponses franches aux questions, la présence des encadrants, l’existence (et la visibilité) de chartes ou plans de soin individuel, les odeurs, peu de libertés dans les horaires de visite, la non prise en compte des plaintes, le refus d’information…
  • Au niveau des résidents : plaies ou ecchymoses, le silence général (ou au contraire, beaucoup de cris), le nombre de personnes restant au lit, le repli sur soi…
 
 

Le risque « maltraitance » commence où finit l’écoute de l’autre

 
Chaque personne ayant sa propre perception des évènements et situations, il est essentiel de ne pas rester seul face à une situation potentiellement maltraitante. Un signe isolé ne suffit pas, mais plusieurs signes doivent mettre en alerte ...
 
La plateforme d’écoute ALMA permet cette écoute. Que l’on soit professionnel ou proche aidant, que l’on soit témoin d’un acte de maltraitance (ou qu’on le soupçonne) ou que l’on ait besoin d’un conseil sur son propre comportement, le 39 77 est accessible à chacun.
 
En exerçant notre responsabilité individuelle, en acceptant de se questionner, en allant à la rencontre des autres (professionnels, associations), en nommant cette maltraitance (donc en la reconnaissant comme probabilité), nous contribuons à la tenir à distance. La bientraitance est un état d’esprit qui s’appuie sur des valeurs humanistes et sur une démarche attentive et réflexive. Elle vise à garantir le bien-être de la « personne/sujet » en gardant à l’esprit le risque de maltraitance.

 

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