Les soins de bouche chez la personne âgée dépendante

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Article rédigé par Isabelle Charret, Médecin Gériatre, Lundi 30 septembre Consulter son profil complet

Chez une personne avançant en âge, à plus forte raison dépendante, le soin de la bouche (*) est un soin d’hygiène à part entière : il doit occuper le même niveau d’importance que la toilette, le change, la mobilisation etc. Il permet d’assurer un confort et une sensation de bien-être au niveau bucco-dentaire, d’assurer le maintien du rôle de la cavité buccale et de prévenir de nombreuses complications.

En vieillissant la sécheresse de la bouche est fréquente : diminution de la sécrétion de salive, médicaments asséchants- la plupart des médicaments consommés par nos ainés, oxygène, respiration bouche ouverte, radiothérapie dans cette zone. Les capacités de mastication diminuent : moins de dents, prothèses inadaptées, muscles moins performants, maladies du mouvement (syndromes parkinsoniens), paralysies. L’action de s’alimenter est compromise d’où le risque élevé de dénutrition en protéines utiles aux muscles et au mouvements et en favorisant des aliments riches en sucres et en graisses (desserts, biscuits tendres) ce qui n’est pas idéal.

La bouche devient un réservoir de germes potentiellement dangereux lorsqu’ils essaiment dans les poumons, sur les valves cardiaques et causent des infections sévères. La mauvaise hygiène fait le lit de pathologies comme les mycoses, les inflammations, les ulcères, les saignements, sources d’une gêne majeure et de douleurs qui peuvent occasionner des troubles du comportement (opposition, rejet, réactivité) en cas de troubles cognitifs car la verbalisation n’est pas toujours possible ; une bouche inapte à manger normalement. Il est à rajouter à ce tableau qu’une bouche sale, malodorante, dont la sécheresse rend l’élocution inaudible peut entrainer une mise à l’écart qui n’est jamais souhaitable.

Le soin de bouche doit être intégré à l’hygiène quotidienne, ritualisé, que la bouche soit « normale pour l’âge » ou « pathologique ».

Comment procéder ?

  • Une règle d’or : Si de nombreux facteurs assèchent la bouche, un bon état état d’hydratation s’y répercute et est donc essentiel à maintenir.
  • De la douceur : une petite brosse à dents à poils doux pour masser les gencives et les dents. Sauf en cas de dépôts alimentaires ou croûteux sur la langue, le décapage de la langue est déconseillé (changer la brosse régulièrement tous les 4/5 mois).
  • De la simplicité : Le manche de la brosse doit être assez épais pour pouvoir être tenu de façon pratique.
  • Du bon sens : L’usage régulier des dentifrices très forts et des bains de bouche mentholés, alcoolisés irritent et agressent les muqueuses et décapent les papilles gustatives : lorsque la personne n’a pas beaucoup d’appétit, elle ne peut apprécier de la nourriture avec un goût qui envahit et masque tout. Les bains de bouches antiseptiques sont prescrits en cas d’infection sur de courts laps de temps : en ce cas, qu’importe leur goût !
  • Une astuce : Les personnes qui souffrent de troubles cognitifs peuvent se montrer réticentes au soin. Pour apprivoiser cette peur, masser doucement les mâchoires, les lèvres et demander à la personne de prononcer des sons en ouvrant grand la bouche ! Elle sentira cette partie de son visage.
  • Une évidence : les lèvres appartiennent à l’appareil buccal et peuvent aussi être humectées et massées avec de l’eau chaude sur un gant de toilette ; ensuite, l’application d’un baume à lèvres au parfum agréable est souhaitable, surtout lorsque l’atmosphère est sèche.
  • Un détail d’importance : Il vaut mieux des gencives totalement édentées et bien entretenues qu’une bouche aux dents maintenues et négligée. La prothèse dentaire doit bénéficier également d’un soin de propreté irréprochable.
  • Une précision pour les maladies de Parkinson ou apparentées (Maladie à Corps de Lewy) : ce n’est pas parce que le malade présente une hypersalivation que sa bouche est propre : elle est dysfonctionnelle et il faut en prendre soin.

Quel soin spécifique ?

Il est permis d’être créatif et de se conformer aux goûts de la personne dont on s’occupe !

Même lorsqu’il n’y a pas de pathologie spécifique, la bouche du sujet âgé nécessite une attention régulière.

  • Les produits d’hygiène bucco-dentaire doux seront préférés : dentifrices salins (on s’habitue vite au goût), à l’argile, au bicarbonate ; bains de bouche au propolis (excellent antiseptique dérivé de la ruche), au clou de girofle…
  • Brossage doux des gencives (avec ou sans dents) avec les produits ci-dessus ou également, de l’eau tiède salée ou de l’eau pétillante fraîche selon les goûts ; brossage avec du Bicarbonate à 14% (en pharmacie).

Dans le cas de maladies neuro cognitives, il existe souvent une incapacité à réaliser ce soin : oubli ou inadaptation du geste(apraxie), peur d’un geste qui pénètre la bouche (incompréhension). Après avoir mis en œuvre l’« astuce » ci-dessus :

  • Faire sucer une sucette acidulée (citron ananas), des bâtonnets glacés à l’eau (citron), des sorbets citronnés en faisant boire de l’eau et brosser ensuite doucement. Il est facile de confectionner ces bâtonnets soi-même et les mettre au congélateur.
  • Il est possible que le brossage des dents puisse réveiller des mémoires du geste que la personne aura plaisir à exécuter.

Les pathologies buccales nécessitent des traitements médicaux locaux ou par voie générale (mycoses, ulcères, inflammation, saignements, sécheresse totale, états infectieux à germes malodorants).

Les soins de bouche en fin de vie sont eux-aussi très codifiés : les uns et les autres dépassent le cadre de cette information.

Si ce soin est bien réalisé, bien ritualisé, le bénéfice en terme de confort a des conséquences innombrables sur la personne à laquelle on le prodigue et sur celle qui le donne : détente, propreté, plaisir de partager un repas et diminution de graves risques. Il faut cependant penser à demander aux professionnels de santé intervenants d’examiner régulièrement la bouche afin de détecter une possible pathologie et la soigner.

(*) Il ne s’agit pas du lavage des dents ou de l’entretien des prothèses ; il ne s’agit pas non plus des soins de bouche en fin de vie.

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