Les pièges de la phlébite chez les seniors

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Article rédigé par Guillaume Besse, Médecin, 17 juillet 2013 - mis à jour le 24 juillet 2014 Consulter son profil complet

300 000 phlébites profondes des membres inférieurs sont observées tous les ans en France. La phlébite, inflammation de la paroi veineuse au niveau des jambes, peut avoir des conséquences très graves jusqu’à l’embolie pulmonaire. Souvent sournoise et trompeuse, il n’est pas toujours aisé de la déceler. Pourtant une prise en charge rapide est essentielle. Comment l’éviter ? Quels signes d’alerte écouter ?

 A quoi servent les veines profondes des membres inférieurs ?

Pour que le sang veineux remonte des orteils vers les veines iliaques puis la veine cave inférieure, grand autoroute menant à la partie droite du cœur, le sang veineux emprunte deux réseaux(reliés entre eux) : d’abord le réseau superficiel (avec les veines saphènes, sièges d’éventuelles varices) puis, et surtout, le réseau profond. Toutes ces veines sont tapissées de bas en haut par des valvules (un peu comme des nids) empêchant le reflux du sang vers le pied. La marche favorise cette remontée d’abord par les mouvements du pied qui compriment ses zones veineuses puis par la contraction des muscles du membre inférieur, surtout au mollet.
 
Chez les seniors, c’est surtout l’altération progressive de l’architecture de ces valvules qui ne les rend plus suffisamment efficaces pour un bon retour veineux vers le haut qu’il y ait des varices apparentes ou non, on parle alors de “stase veineuse”. Cette insuffisance d’efficacité définit “ l’insuffisance veineuse des membres inférieurs” qui touche presque 18 millions de nos concitoyens. 
 

Que se passe-t-il lors d’une phlébite ?

La stase veineuse favorise la formation, dans un nid valvulaire, de tourbillons de sang provoquant l’apparition d’un caillot (ou thrombus) qui, souvent, s’accroche ensuite à la paroi de la veine (surtout si elle a déjà été abîmée par une ancienne phlébite). Le caillot se développe vers le haut, se faufilant entre les valves qui peuvent être alors détériorées. La souffrance de la paroi veineuse génère une inflammation locale nommée phlébite.
 

Quels sont les éléments favorisant une phlébite par stase veineuse ?

Surtout l’hérédité, mais aussi : le sexe féminin, l’âge, l’absence de marche régulière (par une arthrose de genou douloureuse ou une fonte musculaire handicapante ou peur de chuter dans la rue ou d’y être seul,...). Sans oublier une surcharge pondérale, de multiples grossesses, un travail, autrefois, en position debout prolongée, une ancienne phlébite, un alitement prolongé à la maison (même pour une simple bronchite)...
 
Mais une phlébite peut survenir sans aucun des tracas fréquents de la stase veineuse vécus par des millions de femmes, surtout en été : gonflement des chevilles en fin de journée, jambes lourdes, crampes (après être restée longtemps debout), tiraillements, sensation de brûlures aux jambes… ces anomalies étant plus ou moins calmées en élevant les jambes ou par le froid (marcher dans l’eau près du rivage).
 
Surtout, nombreuses sont les phlébites inexpliquées (après un bilan recherchant une maladie du sang, une insuffisance cardiaque, parfois un cancer voire des antécédents de traumatismes veineux par des cathéters,...) 
 

 Comment peut-elle évoluer ?

  • le risque majeur est l’embolie pulmonaire grave dont le transfert en milieu hospitalier est urgent et à gérer par le SAMU ou un véhicule médicalisé des Pompiers. En effet, la partie haute du caillot peut se détacher, surtout si, à l échodöppler, elle dépasse le niveau de l’aine et à fortiori si le senior a négligé le problème, laissant ainsi le temps au caillot se développer. Cette partie de caillot remonte alors vers la veine cave inférieure, arrive au cœur droit qui propulse le thrombus dans les artères allant aux poumons (au moins la moitié des phlébites profondes donnent des embolies pulmonaires silencieuses...). La phlébite semble ainsi responsable d’au moins 12 000 morts par an en France. 
  • Le syndrome post-thrombotique. En effet, la thrombose veineuse, qu’elle laisse ou non une obstruction prolongée de la veine, favorise une destruction valvulaire plus ou moins étagée, source de reflux, et donc de stase avec toutes ses conséquences (dont un risque à distance d’ulcère de jambe, de récidive de la phlébite)  
  • ou bien, assez rarement, une disparition totale du caillot sans traitement.
 

Quels signes d’alerte doit retenir un senior à son domicile, surtout s’il est alité ?

  • Tout de suite y penser face à une simple douleur à tout endroit du membre inférieur et s’installant rapidement. Elle peut être plus ou moins vive, étendue, voire se limiter aux environs du genou (avec le piège de penser alors que c’est une probable poussée d’arthrose)... Quand elle évolue, le mollet peut gonfler, devenir tendu et plus chaud... 
  •  Au moindre doute, il est sage de demander un avis à son Médecin traitant sans tarder.
 

Que va faire le Médecin traitant ?

  • S’il y a déjà des arguments en faveur d’une embolie pulmonaire, le transfert en milieu hospitalier est urgent et à gérer par le SAMU ou un véhicule médicalisé des Pompiers.
  • Sinon, il organise un échodöppler en urgence chez le Radiologue avec un transfert motorisé (jambes allongées), sous contention veineuse avec, idéalement, une piqûre d’anticoagulants (quand c’est possible et si la phlébite est plus que probable). Le radiologue confirmera la phlébite et son étendue en hauteur.
  • Si à l’échodöppler, le caillot dépasse l’aine, il est habituel d’hospitaliser le senior au vu du risque d’embolie pulmonaire. Sinon, outre un bilan approfondi à la recherche d’une cause, le senior pourra rester chez lui, alité, les pieds surélevés pendant une petite semaine, avec des anticoagulants en comprimés pendant trois mois, une contention veineuse et un échodöppler à refaire une semaine et trois mois après.
 

Comment tenter de prévenir une phlébite à domicile ?

  • marcher souvent, idéalement 30 minutes par jour, en continu, à son rythme, sans forcer, aidé d’une canne si nécessaire (prévention des chutes)
  •  éviter l’exposition prolongée au soleil, surtout quand on a des varices, même minimes
  • surélever les pieds du lit ou le matelas pour une bonne vidange nocturne des jambes
  • porter, dès le matin, des systèmes de contention veineuse dès que l’insuffisance veineuse et la stase débutent (les collants augmentent la rapidité de remontée du sang veineux et donc limite le risque de stase). Le Médecin traitant en fera l’ordonnance (deux paires) et il rappellera l’existence d’enfile-bas qui peuvent aider le retraité à enfiler ses bas de contention. Les actuels systèmes de contention modernes n'ont rien à voir avec ceux du siècle dernier : ils sont beaucoup plus fins, plus discrets et plus faciles à porter.
  • les anticoagulants, quand ils sont possibles, par exemple pour un long voyage en avion ou en train chez un senior ayant déjà eu une phlébite.
 
Deux conseils : Il est sage de ne pas faire d’autodiagnostic d’une douleur d’une jambe ou de cuisse mais de recueillir l’avis de son médecin assez vite. Il est prudent de marcher régulièrement dans la journée pour assurer une bonne vidange de son réseau veineux des jambes et renforcer ainsi son capital santé.

 

 

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