Savoir reconnaître la dépression chez la personne âgée

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Article rédigé par Jean-Jacques ARVIEU, Médecin des hôpitaux, 24 novembre 2011 - mis à jour le 24 juillet 2014 Consulter son profil complet

La dépression est difficile à diagnostiquer, elle revête bien des formes symptomatiques et l'on peut envisager tout autre diagnostic qui aboutirait à une prise en charge inadéquate. La dépression doit être diagnostiquée très rapidement, le sujet âgé n'a pas le temps de vivre avec une souffrance morale, un sentiment d'inutilité, une apathie confinant à la prostration.

Aussi le diagnostic de dépression doit il être évoqué facilement sans pour autant faire de diagnostic par excès.Toutes les personnes âgées ne sont pas déprimées, il faut savoir que la dépression est fréquente, on estime entre 2 à 3% la prévalence de l'épisode dépressif majeur après 65 ans dans la population générale. En établissement d'accueil et de soins gériatriques la prévalence s'élève de 5 à 30%.

La dépression est plus fréquente chez les femmes, notamment celles qui sont veuves. De même, les personnes âgées souffrant de maladies graves, de handicaps, sont davantage sujettes à la dépression. Plusieurs événements de la vie sont également des facteurs favorisants citons le passage à la retraite, les deuils, le changement de rôle social et de rôle familial. Aussi, plus on vieillit, plus grand est le risque de dépression.

Quels sont les aspects cliniques de la dépression ?

La personne âgée exprimera la dépression au travers de symptômes qui sont parfois mis sur le compte du vieillissement telles que la perte d'allant, la diminution des activités physiques voire intellectuelles. Pourtant, il ne faut pas être fataliste en se disant  « c'est l'âge » !

Il faut prendre l'avis du médecin traitant. En effet, la douleur morale, la tristesse, le ralentissement doivent faire rechercher une dépression.

La forme typique regroupe des symptômes non spécifiques :

  • un ralentissement psychomoteur
  • une tristesse persistante que rien ne peut corriger
  • une absence de plaisir
  • une perte de l'estime de soi
  • un sentiment d'inutilité et d'autodépréciation.

A ces signes s'associent diversement : un trouble du sommeil, une perte d'appétit avec perte de poids, une activité sexuelle arrêtée. Parfois des idées suicidaires sont confiées, il faut alors s'adresser au médecin qui saura prendre les mesures nécessaires car on ne peut laisser en l'état une personne en grande souffrance et au risque de passage à l'acte.

Même si les symptômes peuvent être interprétés comme relevant du phénomène de vieillissement, nous devons penser à une possible dépression, alors une stratégie diagnostique, thérapeutique et psycho sociale pourra être mise en œuvre à temps.

Plus difficile à décrypter sont les formes atypiques, la plus commune est celle dont les symptômes classiques s'effacent derrière une agitation, une confusion, des idées délirantes, des troubles cognitifs (pseudo démence), des troubles somatiques, une anxiété, un syndrome de régression psychomotrice.

Les dépressions peuvent être secondaires à des maladies invalidantes telles insuffisance cardio respiratoire, douleur chronique, maladies handicapantes et neuro dégénératives (Parkinson, Alzheimer). Le traitement de la maladie causale ne suffit parfois pas à traiter la dépression qui continue à évoluer pour son propre compte.

Le risque de suicide existe, c'est un risque évolutif, il peut aussi s'inscrire dans le cadre d'une subite poussée d'anxiété qui amène au passage à l'acte.

Comment soigner la dépression ?

Les mesures thérapeutiques doivent être personnalisées, expliquées au patient et à son entourage. Prendre le temps de l'information détaillée sur la maladie et ses modes de prises en charge, ce n'est pas un médicament seul qui résume la thérapie, il faut inclure l'écoute, le lien social, le soutien psychologique.

Les médicaments anti dépresseurs sont variés, plusieurs classes thérapeutiques sont à disposition ; le médecin choisira selon la forme clinique de la dépression (composante anxieuse, insomnie, apathie, etc.), selon le métabolisme et les effets secondaires ; selon les associations médicamenteuses en cas de poly médication, selon la forme galénique (gélule, gouttes, comprimé, injectable). L'efficacité des médicaments est de l'ordre de 60%, comparables pour les différentes molécules.

C'est dire l'importance de la prise en charge psycho sociale avec mise en place d'aides à domicile, ils renforcent le lien social et rompent l'isolement.

La psychothérapie est rarement mise en place, en règle proposée en cas d'échec ou de contre indication du traitement chimio thérapeutique. Les indications préférentielles vont aux dépressions légères à modérées.

La dépression du sujet âgé est grave, difficile à diagnostiquer et à traiter. La prise en charge pluri focale doit être précoce et doit prévenir la survenue de complications dont le passage à l'acte suicidaire. La confiance entre le médecin, le patient et l'entourage  est un gage de réussite pour la stratégie thérapeutique personnalisée, mise en œuvre sur la durée et menés sans faille.

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