Partie 1 – L’aide à domicile sous le regard de Nora, auxiliaire de vie

Partie 1 – L’aide à domicile sous le regard de Nora, auxiliaire de vie

Quand on parle des auxiliaires de vie, on entend plus souvent la parole de la personne âgée – la bénéficiaire comme disent les aides à domicile–, celle de l’aidant familial ou encore d’un proche. Qu’en est-il du regard d’une professionnelle sur son métier ? Nora, infirmière dans son pays d’origine a choisi de devenir aide à domicile en France. Elle nous fait part de son parcours, de son expérience et des difficultés de ce métier qu’elle exerce depuis 6 ans.

Nora, dans quelles circonstances vous avez été amenée à faire ce métier ?

Je suis d’origine marocaine. Je suis arrivée en France il y a 10 ans pour regroupement familial. J’avais 40 ans. Une partie de ma famille vivait déjà en France et je m’étais mariée au Maroc avec un français que j’avais rencontré là-bas. J’ai donc quitté mon pays et mon travail d’infirmière, que j’exerçais à l’hôpital et aussi dans une clinique, et je suis venue vivre avec mon mari en France. Au Maroc, j’étais infirmière depuis 7 ans. Arrivée en France, j’ai voulu faire reconnaître mon diplôme par le ministère de la santé mais il n’a pas été validé car il n’y a pas d’équivalence. Il fallait que je reprenne mes études. J’avais aussi un diplôme de secrétaire de Direction qui, lui, a été validé. Je suis quelqu’un de très actif et j’avais besoin de travailler rapidement quand je suis arrivée ici. Donc j’ai contacté Pôle emploi pour faire des formations parce que je ne voulais pas rester sans travail. Je suis une personne indépendante et active. Ils m’ont proposée de faire la formation d’auxiliaire de vie aux familles. Je l’ai faite et j’ai eu mon diplôme. Dans l’institut où j’ai fait ma formation, ils sont en relation avec des associations d’aide à domicile. C’est comme ça que j’ai été contactée et que l’une des associations m’a embauchée tout de suite.

Pourquoi avoir choisi ce métier plutôt que celui de secrétaire ?

Je voulais travailler dans le social. J’aime rendre service et aider les autres, les personnes fragiles. J’aime les aider pour qu’elles se sentent bien. Avec mon diplôme, je pouvais choisir de travailler aussi dans une crèche mais moi je voulais être auprès des personnes âgées pour les aider dans leur quotidien et pour qu’elles puissent aussi garder leur autonomie. Il y a peu de personnes qui savent ce que ça veut dire d’être auxiliaire de vie. Souvent, quand on parle de ce métier, on pense que c’est surtout pour le ménage.

Et puis, c’est le métier qui se rapproche le plus de mon métier d’infirmière. Je suis en contact avec les gens. Je peux prodiguer des soins d’hygiène et même parfois des soins médicaux en cas de nécessité. Je sais que je n’ai pas le droit mais il m’est arrivé de faire des soins d’urgence. Par exemple, un jour je suis intervenue chez une personne âgée qui est tombée et qui saignait à la tête. Sa fille était présente. Elle n’a pas voulu appeler les pompiers. Elle a préféré attendre l’infirmier. Je suis arrivée avant lui et en voyant que la dame saignait beaucoup, j’ai fait les premiers soins pour stopper l’hémorragie. Quand l’infirmier est arrivé, il m’a dit que j’avais fait ce qu’il fallait et m’a remerciée. J’ai fait mon devoir, je ne pouvais pas laisser la dame comme ça alors que je savais ce qu’il fallait faire. 

Vous savez au Maroc, les aides à domicile et les maisons de retraite, ça n’existe pas ! Dans ma culture, ce sont les enfants qui s’occupent de leurs parents jusqu’au bout. Les parents, c’est sacré. Comme ils se sont occupés de nous, c’est un juste retour des choses. C’est une reconnaissance. Dans la famille, tout le monde s’occupe des parents. Chacun fait sa part et si l’un des enfants ne travaille pas, c’est lui qui s’en occupe au quotidien. Dans notre culture, tant qu’on n’a pas de travail ou qu’on n’est pas marié, on reste chez nos parents.

De votre point de vue, quels sont les avantages et les inconvénients de ce métier ?

Ce métier n’est pas bien reconnu. Que ce soit par la société, les associations d’aides à domicile, les familles et les personnes âgées elles-mêmes. Parfois, quand on intervient chez une personne, elle nous demande de ne faire que le ménage ou d’autres abusent en nous demandant de faire des choses qui ne font pas partie de nos missions. Par exemple, on nous demande de faire le jardin, de nettoyer les poubelles de la mairie dehors, d’astiquer les lustres. En France, on confond souvent les aides à domicile avec les femmes de ménage. Par exemple, chez une dame, je faisais le ménage à fond du sol au plafond, les meubles, les canapés, les vitres…  Un jour, je lui ai dit : « Vous savez, je suis là pour m’occuper de vous, je ne suis pas femme de ménage ». Et la dame m’a répondu : « Ah moi quand j’étais jeune j’étais femme de ménage et je ne faisais que ça » !

J’ai voulu faire ce métier pour aider les personnes âgées et qu’elles puissent vivre chez elles dans de bonnes conditions. L’important c’est la nourriture, l’hygiène, le contact. Pas le ménage !

Et je ne parle pas des conditions de travail et du salaire. On est payé au SMIC. Moi, souvent je fais des journées de 11 heures et je travaille 6 jours sur 7. C’est pourtant un métier indispensable pour permettent à la personne âgée de rester chez elle, dans son univers afin qu’elle conserve ses habitudes et qu’elle puisse continuer à vivre dans ses meubles et ses souvenirs.

Les personnes âgées fragilisées nous apprennent beaucoup de choses. Elles nous parlent de leur vie, de leur culture, de leur religion, de leur jeunesse. On apprend comment leur vie a changé. Certaines aiment jouer alors j’ai appris des jeux. Pendant un moment je m’occupais d’une femme de 95 ans qui commençait à perdre un peu la tête. La seule chose qui lui plaisait, c’était qu’on joue avec elle aux dominos et aux échecs. C’est avec elle que j’ai appris à jouer à ce jeu.

Vous savez, on va chez beaucoup de personnes qui ne peuvent plus sortir. Nous sommes souvent le seul lien avec l’extérieur. Beaucoup n’ont que nous pour seule visite. Les enfants sont loin ou alors peu disponibles. Ils ont leur vie. Beaucoup se reposent sur nous. Alors, je leur parle de ce qu’il se passe dehors, des informations, du Covid… Je leur parle pour savoir ce qu’elles aiment, ce qui leur ferait plaisir de faire, de manger, etc.

Qu’est-ce que vous aimez dans votre métier ?

J’aime ce métier. J’aime les personnes âgées. Elles sont souvent seules et quand on vient, cela les sort de leur solitude. Je me sens utile. Elles sont fragiles et elles ont besoin d’aide. Souvent, quand j’arrive chez la personne, on sent qu’elle est contente de me voir. A force de venir chez elles régulièrement, de les voir tous les jours, on devient comme un membre de la famille. Et parfois, même si elles vont mal, qu’elles souffrent, elles ne veulent pas appeler les enfants pour ne pas les inquiéter alors c’est à nous qu’elles racontent leur souffrance. Elles se reposent sur nous. 

Une personne âgée, c’est comme un enfant. Quand on est petit, c’est la maman qui s’occupe de lui. Au début, il ne marche pas, puis il marche à 4 pattes. Plus tard, il s’appuie sur quelque chose pour se lever et après il marche sur ses 2 pieds. Pour les personnes âgées, c’est le contraire. Elle marche sur 2 jambes, après elle a besoin d’une canne, après d’un déambulateur, puis un fauteuil roulant et finalement elle ne marche plus. C’est une question d’anatomie. Cependant, il ne faut pas traiter les personnes âgées comme si c’étaient des enfants. 

Vous savez, je n’ai pas eu d’enfant alors je reporte tout mon amour sur les personnes que j’aide au quotidien. Quand j’interviens chez une personne, je me sens bien car quand je pars, je sais qu’elle a tout ce qu’il faut, qu’elle a bien mangé, qu’elle est propre et bien habillée. Sinon, je ne pourrais pas dormir tranquille ! Elles sont fragiles mais elles restent des personnes. Il faut les respecter et respecter leur dignité. Quand on va chez une personne âgée, elle nous confie sa vie, sa maison. On doit tout faire pour garder sa confiance. Moi, par exemple, je vais chez certaines personnes qui me confient leur carte bleue pour faire les courses et aussi acheter ce dont elles ont besoin, des habits ou autre. Parfois, quand la fille ou le fils est loin, il me laisse gérer le quotidien comme je veux. Il y a des cartes prépayées maintenant. On peut les recharger comme on veut et mettre la somme que l’on veut. Toutes les dépenses sont sur le relevé de la carte comme ça les enfants peuvent vérifier à distance. Et pour moi, c’est plus pratique que d’avoir de l’argent. Je n’ai jamais eu de problème car quand les enfants viennent voir leur parent, ils voient qu’il est bien, qu’il est content. Ce que j’aime aussi dans mon métier, je suis libre de gérer mon temps par rapport à la situation de la personne et ce que j’ai à faire. Je m’organise comme je veux. Personne ne me dit ce que je dois faire, quand et comment. Je suis indépendante et libre.

Quelles difficultés vous pouvez rencontrer au quotidien ?

Personnellement, je n’ai jamais rencontré de difficultés. Tout se passe bien avec les personnes et même avec les familles. Je fais ce qu’il faut pour que les personnes soient bien. Je suis honnête et je fais bien mon travail et parfois j’en fais plus même.

La suite de l’histoire de Nora sera prochainement publiée dans Aidons les nôtres.

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