Le rôle de la culpabilité dans la relation d’aide

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Article rédigé par Clémence Boudot, Psychosociologue, 17 mars 2015 Consulter son profil complet

En dépit de leur présence auprès de leurs proches, les aidants sont souvent amenés à éprouver de la culpabilité. Quelle est donc la fonction de ce sentiment désagréable ? Quel rôle joue-t-il dans la relation d’aide ? Et si, contre toute attente, il était une émotion socialement utile ? Voici quelques pistes de réponses.

Chaque histoire d’aidant est singulière et pourtant dans chacune l’aidant est traversé à un moment ou à un autre par de la culpabilité. Culpabilité de ne pas être assez présent, de ne pas en faire assez, de parfois s’agacer, d’être fatigué… et parfois même culpabilité de culpabiliser ( ! ) alors que c’est l’autre qui va le moins bien.
 

D’où vient la culpabilité ?
 

La culpabilité est une émotion auto-consciente (c’est à dire une émotion qui permet d’évaluer notre propre comportement) et qui est déclenchée par la transgression d’une norme morale qui implique autrui.
La ressentir a alors une fonction informative qui indique cette transgression et incite la personne à réparer le tort commis. Ajoutons, que la nature désagréable de ce message pousse à en tenir compte et favorise le changement : en effet, pour chasser ce ressenti déplaisant la personne va devoir opérer des modifications pour être plus conformes à ses valeurs.
 

Pourquoi ce sentiment va-t-il envahir les aidants ?
 

Les injonctions sociétales et morales vis-à-vis des aidants sont fortes et parfois envahissantes : les aidants peuvent alors avoir l’impression de ne jamais en faire assez.  Donc ils culpabilisent. Autrement dit, ils se sentent coupables de leur incapacité à pouvoir répondre à tous les besoins de leurs proches, d’être parfois faillibles, épuisés ou indisponibles…
  • « Je me sens coupable de ne pas aller voir ma mère suffisamment »
  • « Je me sens coupable de m’agacer quand mon père me répète sans cesse la même question »
  • « Je me sens coupable quand je sors et que je laisse ma femme seule dans son lit »
  • « Je me sens coupable quand je râle parce que mon mari a encore souillé les draps »
Il est intéressant de noter que c’est davantage l’impression de ne pas en faire assez qui prime sur la réalité de l’aide apportée. C’est-à-dire que, quel que soit leur degré d’investissement, les aidants estiment eux-mêmes que ça n’est jamais suffisant.
On pourrait alors parler de « culpabilité de l’irréalisable » puisqu’ils ont en parti conscience de cet impossible mais que persiste l’idée qu’ils pourraient y parvenir.
 

Quels effets cela va t’il avoir sur la relation avec le proche ?

Paradoxalement, alors qu’elle génère une douleur morale, la culpabilité favorise aussi les relations sociales (en produisant de l’empathie et de l’altruisme). Dans la relation d’aide, on peut se demander si la culpabilité n’est pas un «moyen » d’attachement dans les situations d’épuisement.
Autrement dit, est-ce que ressentir de la culpabilité permet de conserver le contact avec la personne aidée alors même que la situation est parfois « invivable »?

 

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