Proches aidants et proches aidantes : un sujet de société qui fait genre

avatar badge

UTILE ()

Article rédigé par Florence Leduc, Présidente de l'Association Française des Aidants, 18 mars 2019 - mis à jour le 3 avril 2019 Consulter son profil complet

La maladie ou le handicap d’un proche est une expérience à laquelle tout un chacun peut être confronté, homme ou femme. Force est néanmoins de constater que le genre continue d’avoir un impact sur les modalités d’implication et d’assignation au rôle d’aidant.e.

Des proches aidantes… et des proches aidants !

Lors des interventions réalisées par l’Association Française des Aidants auprès du grand public, des proches aidants, des professionnels de l’aide et des soins ou des entreprises, ses représentants invitent souvent les participants à répondre à la question suivante : « d’après vous, quel pourcentage d’aidants sont des femmes ? ». Les réponses oscillent le plus souvent entre 80 et 90 %. En réalité, d’après l’enquête HSA dont les résultats ont été publiés en 2008, les femmes représenteraient 57 % des aidant.e.s. N’oublions donc pas de reconnaître ces millions d’hommes eux aussi impliqués au quotidien dans l’aide à un proche !

Des représentations qui persistent

Ces dernières décennies, la place des femmes dans la société a connu des évolutions majeures, notamment avec leur accès à la vie professionnelle. Pour autant, les représentations considérant qu’il est naturel, évident ou aisé pour une femme de se consacrer à l’accompagnement d’un proche malade ont la dent dure ! Aussi, lorsque dans un entourage un membre est touché par la maladie ou le handicap, les femmes sont fréquemment désignées comme aidantes. Ceci à plus forte raison si elles ne travaillent pas ou qu’elles travaillent dans le secteur de la santé ou du social, si elles n’ont pas d’enfants à charge, et si elles habitent à proximité ! Les travaux de la sociologue Simone Pennec ont notamment décrit l’influence du genre et de la situation socio-économique dans ces phénomènes de désignation.

Un regard social d’autant plus lourd

D’une manière générale, le regard social porté sur les proches aidant.e.s reste lourd et moralisateur. Mais il est peut-être d’autant plus difficile de s’en affranchir pour les femmes, car à l’idée qu’il est naturel d’aider un proche s’ajoute celle qu’il est naturel d’aider pour une femme ! Dans ce contexte, assumer de vouloir poursuivre une vie professionnelle, des loisirs, de prendre du temps pour soi, pour ses proches, pour sa santé peut être d’autant plus difficile à assumer pour les femmes en situation d’aidantes. Peut-être aussi plus difficile à entendre et à accepter pour l’entourage, qu’il s’agisse de la famille, du voisinage ou des professionnels de l’aide et des soins !

Le poids de ce regard social porté sur les femmes impacte aussi les hommes. Des études ont en effet montré que dans le contexte de l’entreprise, il est plus difficile pour les hommes de se déclarer proches aidants, ce rôle étant davantage associé aux femmes.

Des impacts différenciés

Des études ont montré que les impacts de l’aide au quotidien à un proche malade ou en situation de handicap pouvaient être différents selon que l’on soit un homme ou une femme. Deux domaines ont notamment été observés : la santé et la vie professionnelle. Les femmes ont par exemple une probabilité plus grande de développer un trouble dépressif en lien avec le rôle d’aidant. Elles sont aussi plus nombreuses à interrompre leur vie professionnelle, notamment lorsqu’elles sont mères d’un enfant gravement malade ou en situation de handicap.

Vers le droit à l’auto-détermination des proches aidantes et des proches aidants

Aborder le sujet du genre en lien avec l’aide à un proche malade ou en situation de handicap souligne une fois de plus à quel point la question de la place et du rôle des proches aidant.e.s dans notre société ne saurait se limiter à un objet d’action sociale, ni se cantonner au domaine des politiques de santé. Elle touche aux fondements de notre société et concerne différents champs de politiques publiques, dont l’égalité femmes-hommes et l’emploi.

L’enjeu reste aujourd’hui de regarder en face les différences liées au genre, de les interroger, de les étudier, pour ne pas les minimiser ni les exagérer. L’objectif étant de ne pas négliger ou stigmatiser une population de proches aidant.e.s au détriment d’une autre, mais bien de rassembler pour toutes et tous les conditions du choix, de l’auto-détermination et de la mobilisation du pouvoir d’agir !

Un interlocuteur à connaître

Cet article est également l’occasion de mettre en lumière les Centres d’Information sur les Droits des Femmes et des Familles qui s’engagent eux aussi pour l’accompagnement des proches aidantes et des proches aidants. Leurs juristes et leurs conseillers en insertion professionnelle peuvent notamment être des interlocuteurs précieux.

Pour trouver leurs coordonnées  

A lire aussi :

Mots clés : Etre aidant
Cet article vous a-t-il semblé utile ?

UTILE ()

aidant a trouvé cet article utile
Un avis sur cet article ? Un conseil à partager ?
Venez en discuter avec les membres de la communauté
Ils en parlent sur le site
LES ARTICLES EN RELATION
LES DISCUSSIONS EN RELATION
    Les questions en relation
    Poser une question

    Vous avez besoin de conseils sur un sujet précis ? Les aidants de la communauté sont là pour vous aider

    Merci votre question a bien été enregistrée.

    Elle sera publiée afin d'etre visible par les autres membres de la communauté.

    Nous espérons que ceux-ci pourront vous apporter les réponses dont vous avez besoin