Bonsoir,
Je pose mon message ici en n'étant pas sûre que cette thématique ait déjà été abordée.
J'ai 30 ans et j'ai accompagné ma maman dans sa dépression sévère, puis dans son diagnostic d'Alzheimer précoce pendant 8 à 10 ans. Elle a été admise dans un établissement médico-social en Suisse il y a 3 ans maintenant.
Depuis, j'ai traversé pas mal de sentiments assez lourds, et plus particulièrement les remords et la culpabilité.
J'ai parfois perdu patience devant la maladie de ma maman. J'ai éprouvé de l'agacement, de l'impatience, de la colère,... j'ai parfois hurlé devant elle, voire lui ai hurlé dessus. J'ai des souvenirs très clairs d'elle qui met ses mains sur ses oreilles, me disant d'une voix fatiguée mais très calme que je lui faisais mal aux oreilles.
Je me souviens lui avoir reproché de ne pas m'aider, de jeter les sacs de courses par terre, de m'être effondrée et d'avoir tapé les poings au sol en hurlant, devant elle, assise devant moi, immobile.
Je me souviens d'elle qui me disait que je lui faisais peur parfois, qu'elle avait perdu confiance en elle. Et parfois, elle disait qu'elle s'apercevait que ma sœur et moi faisions beaucoup pour elle et qu'elle se sentait mal face à cette situation.
Depuis 3 ans, elle est entre de bonnes mains. Je ne regrette absolument pas son placement : elle se montre rayonnante, heureuse. Même si la maladie continue d'évoluer depuis, j'ai le sentiment d'avoir retrouvé la maman que j'ai connue pendant mes premières années de vie. J'ai beaucoup de mal à me retrouver encore aujourd'hui dans le terme de "proche-aidante" parce que je ne nous vois plus prises dans une relation d'aide, ma maman et moi. Je ne ressens plus de dépendance mutuelle et je partage aujourd'hui avec elle des moments de bonheur pur. Surtout, je ne ressens presque plus jamais la nécessité de lui apporter une aide. Pour moi, ce terme désignait bien ma réalité d'il y a 3 ans et elle est incomparable à ce que je vis aujourd'hui.
Ce n'est donc pas le placement qui cause mes remords ni ma culpabilité mais bien mes actes. Je ne l'ai jamais frappée ni insultée. Cependant je suis convaincue que j'ai été violente psychologiquement et je ne me le pardonne pas. Après 3 ans, je n'y parviens pas.
J'ai été accompagnée par une psychologue merveilleuse, spécialisée dans le soutien aux proches aidants, qui m'a maintes fois rappelée que je suis humaine. J'ai eu assez vite conscience qu'en tant que fille, on ne pouvait pas s'attendre de moi que je sois également une infirmière, psychologue, travailleuse sociale, assistante de vie hors-pair. Je ne pratique aucun de ces métiers et, combien même ç'aurait été le cas, la distance émotionnelle n'est pas là : elle a toujours été et elle reste la maman que j'aime et dont j'ai été très fusionnelle.
Malgré tout, je continue d'avoir comme des réminiscences, des images mentales de tous ces actes que je ne cautionne pas. À la moindre association d'idées, la moindre phrase sortie de son contexte qui me renvoie à ce que j'ai moi-même pu lui dire, des hurlements, .. j'ai une réminiscence et je me ronge les doigts.
J'ai récemment découvert le terme de "post-aidance". Ce terme et les témoignages des personnes concernées résonnent particulièrement fort : comme plusieurs post-aidants, j'ai fait une dépression après son placement (j'en sors petit à petit). J'ai ressenti ce "vide" dont on parle parfois aussi, et j'ai remis en question mon identité en tant que personne à part entière.. quand on passe des années dans une relation "dysfonctionnelle" (est-ce le bon terme?) c'est dur de retrouver qui on est, quand ça se termine !
La différence fondamentale que j'ai avec les post-aidants dont j'ai lu les témoignages est que ma maman est encore de ce monde... Différemment bien sûr (je suis très familière du concept de "deuil blanc") mais elle est encore là.
Je ne sais pas si d'autres personnes se sont reconnues dans mon témoignage. Je serais curieuse et très reconnaissante d'avoir vos partages également, mais aussi vos avis et vos conseils :
Est-ce que c'est de la post-aidance à proprement parler, existe-t'il un autre terme pour désigner ma situation ?
Ces remords, est-ce qu'ils finissent par disparaitre ? Sinon, du moins, est-ce qu'on finit par les apprivoiser ? Qu'est ce qui vous a aidé ?
Je vous remercie de m'avoir lue si vous arrivez à ces lignes, et me réjouis de connaître vos expériences, si vous souhaitez les partager.
Un immense courage dans ce chemin que vous traversez vous-même en tant que proches, aidants ou post-aidants.

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