claire

3 mai 2026 16:23

Transition pour une aidante  

Bonjour,

Ma grand-mère est aidante de son conjoint depuis maintenant 10 ans. Celui-ci approche des 85 ans et elle 83. Il y a 10 ans, il a fait trois AVC suite à un staphylocoque. Petit à petit, il a présenté des baisses d’attention, des troubles cognitifs et des difficultés de déplacement. Il a reçu un diagnostic de maladie (type Alzheimer ou apparentée).

Depuis peu, son état s’est fortement dégradé : il ne se souvient presque plus de rien, et ses troubles cognitives et physiques grandissent.  Cette situation est devenue très compliquée pour ma grand-mère.

Elle l’emmène actuellement en accueil de jour une fois par semaine, ce qui lui permet de sortir et de faire ses courses. En effet, elle n’ose plus le laisser seul à la maison, car il fait des chutes.

Hier, elle a décidé de commencer à chercher une maison de repos pour qu’il soit en sécurité et pour pouvoir elle-même préserver un peu d’autonomie. Cependant, elle culpabilise énormément, même si, lorsqu’il va en accueil de jour, tout se passe bien : il est content et ne se souvient même pas y être allé.

Je cherche donc des conseils pour l’aider à s’apaiser et à avancer dans cette décision plus sereinement. Je vois qu’elle souffre beaucoup de la situation, car son conjoint devient de plus en plus dépendant et elle ne veut pas" l'abandonner"

Est-il conseillé, avant un hébergement définitif, de passer par des séjours temporaires (une nuit, puis une semaine, puis un mois) ? Ou, dans son cas, est-il préférable de passer directement à une entrée définitive ?

Enfin, si un hébergement permanent est mis en place, est-ce que les retours à domicile le week-end (par exemple le dimanche) ne risquent pas d’être perturbants pour lui 

Petite précision : le recours à une aide-soignante à domicile  rentre trop dans l intimité de ma grand-mère et je pense qu'elle ne supporte pas de voir qu'elle est impuissante à ses besoins...Et je pense aussi que ma grand-mère a beaucoup de mal à le voir se dégrader ainsi au quotidien.

Merci pour vos témoignages, vos conseils et vos précisions afin que cette transition puisse se faire le plus en douceur possible, aussi bien pour elle que pour lui.


Réponses
2 messages de membres 1 message d'expert
Isabelle Charret Médecin gériatre 4 mai 2026 20:27

Transition pour une aidante  

Bonsoir Claire,

Oui, vos parents doivent être bien fatigués : votre maman de s’occuper de votre papa, votre papa d’être affecté par des chutes et sa perte d’autonomie (ça prend de l’énergie aux malades - une autre forme-). L’âge pèse en plus, n’est-ce pas ?

Fatigue, oui, alors comment la gérer au vu du contexte que vous décrivez ?

Journée d’accueil de jour. Pourquoi ne pas rajouter une journée ? Tout semble bien se passer.

Surveillance « rapprochée » afin de le protéger des chutes et de l’aider pour tout. Sécurité en établissement ? Si vous faites allusion aux chutes (nuit ou jour), sachez qu’elles se produiront où qu’il soit à moins qu’on attache votre papa par ce qu’il est convenu d’appeler une contention, ce dont personne n’a envie.

Placé en établissement, votre maman ne saura se résoudre à le laisser donc elle lui rendra visite, se sentira obligée de lui tenir compagnie et le résultat chez les aidants en est une lourde fatigue.

On peut envisager une quinzaine ou un mois de séjour temporaire uniquement pour un répit de votre maman. On ne programme jamais moins afin que les personnes autant que les intervenants y trouvent leurs repères.

Vous décrivez un couple soudé, aimant ; il ne semble pas y avoir de troubles du comportement ingérables au domicile. Alors ? Écoutez :

 

Votre maman va devoir faire encore un petit effort pour se laisser accompagner un petit peu plus au domicile. Ce qu’elle ressent est légitime, est à respecter mais elle doit être aidée à changer son point de vue, avec douceur et bienveillance.

Changer son point de vue s’appelle passer la main pour des choses fatigantes afin qu’elle soit en forme pour le reste : habillage, préparation au coucher par exemple ; ou une sortie accompagnée en extérieur.

Il existe des solutions de « garde » de journée au domicile d’une personne malade, incluant la nuit.

 

Franchement, à ce stade et au vu du contexte, une période de transition avec aides peut être vécue très sereinement comparativement aux difficultés de l’institutionnalisation (cette dernière s’imposant dans des cas très précis).

La dernière de vos questions concerne le week-end de retour au domicile. C’est très fréquent dès lors que ça n’est pas déstabilisant.

 

Listez donc avec votre maman ce qui lui pèse le plus ; faites la parler sur ce qu’elle redoute, sur sa fatigue et essayez avec des professionnels des services d’aide d’établir un plan d’action : répit temporaire, ajout d’une journée au CAJour, aides ponctuelles au domicile.

 

Vous verrez que votre maman se sentira active et son ressenti de ne pas être à la hauteur disparaitra au vu d’un bon résultat de ce que vous aurez mis en place.

 

Bien à vous

 


claire

6 mai 2026 22:56

Transition pour une aidante  

Merci pour vos conseils et votre soutien


Philippe_38230

Philippe_38230

24 mai 2026 21:38

Transition pour une aidante  

Bonsoir Claire,

La situation que vous décrivez est malheureusement fréquente, je l’ai vécue et je vais tenter de vous donner quelques précisions et pistes pour vous aider.

Votre grand-mère est devenue aidante de son conjoint, celui-ci ayant été diagnostiqué d’une maladie neurodégénérative. Il faut savoir que ces maladies, dont l’évolution est très variable, peuvent s’avérer particulièrement difficiles à gérer au domicile, notamment en ce qui concerne les troubles du comportement.

Vous dites que, depuis peu la situation s’est fortement dégradée : troubles de la mémoire, cognitifs et physiques progressent, et que cette situation est devenue très compliquée pour votre grand-mère. Au fur et à mesure de l’évolution de la maladie, que ses effets s’imposent au quotidien, cela nécessite une attention de tous les instants qui bien souvent conduit à l’épuisement de l’aidant, c’est en partie ce qui arrive pour votre grand-mère.

Ce qu’il est important de savoir, c’est que le plus difficile à l’avenir sera l’adaptation et l'ajustement de votre parent au quotidien, c’est l’aggravation des troubles et les difficultés à les gérer qui conditionneront la décision d’un départ du domicile.

Bien sûr, c'est une solution que d’envisager l'entrée dans un établissement adapté, mais c’est une décision difficile à prendre, qui génère souvent un lourd sentiment de culpabilité, c’est ce que ressent votre grand-mère. Comme le précise le médecin gériatre, l’entrée en établissement ne signifie pas la fin de l’aidance, c’est parfois plus compliqué pour d’autres raisons.

Certes, à un moment, le maintien au domicile deviendra quasi impossible, mais d’après ce que vous exposez sur la situation de votre grand-mère, il n’est pas opportun actuellement d’envisager une entrée en institution. Il existe des dispositifs et des solutions d’aménagement qui sont envisageables pour assurer un maintien au domicile dans de bonnes conditions pour tous les deux.

Sachez qu’il existe des équipes mobiles de gériatrie extra hospitalière, celles-ci dépendent soit d’hôpitaux gériatriques ou ayant un service dédié, soit d’Ehpad. Elles peuvent venir au domicile pour faire un état complet de la situation, proposer des pistes pour aider votre grand-mère et son conjoint (aménagement). Les membres de l’équipe pourront échanger avec votre grand-mère et son conjoint, et tenter de la convaincre de la nécessité d’accepter d’être accompagnée, souvent quand c’est un tiers qui intervient, cela peut faire la différence.

Votre grand-mère a déjà fait beaucoup, et c’est admirable. Vous pouvez essayer, avec délicatesse, de lui dire que savoir déléguer c’est aussi pour pouvoir se préserver, pour mieux s’occuper de son proche dans la durée, que ce n’est ni de la faiblesse, ni un signe d’impuissance.

Le maintien au domicile est toujours à privilégier lorsque cela est possible, c’est important psychologiquement pour le malade et son entourage d’être son milieu, mais cela doit être pensé et demander du soutien est primordial.

En ce qui concerne les séjours temporaires, c’est une solution qui permet une transition en douceur, avant une entrée permanente. Dans l’idéal, et pour éviter un changement trop brutal, les séjours devraient se faire dans l’établissement qui pourra l’accueillir le moment venu.

Enfin, concernant l’éventualité d’un hébergement permanent, les sorties sont possibles en fonction de l’état de santé du résident et dès lors que ça n’est pas déstabilisant (confusion).

Si cela vous intéresse, pour mieux connaître les maladies neurodégénératives et comment y faire face, je vous recommande ce petit livre précieux, il s’intitule :

« 100 idées pour accompagner une personne malade d’Alzheimer» aux éditions Tom Pousse

Voilà Claire, j’espère vous avoir apporté quelques informations qui vous seront utiles.

Bien cordialement

Philippe (Ecoutant bénévole chez Avec Nos Proches)


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Philippe_38230

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