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Partie 2 – Du domicile à l’Ehpad, quand la culpabilité s’en mêle !

Partie 2 – Du domicile à l’Ehpad, quand la culpabilité s’en mêle !

Voici la suite de l’histoire de Martine, aidante de sa mère qu’elle a dû placer en établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes – Ehpad.

Votre relation a changé depuis qu’elle est dans cet Ehpad ?

L’établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes dans lequel se trouve ma mère a dégradé notre relation et à la fois nous a rapprochées par rapport aux difficultés. On n’est jamais tranquilles, il y a tout le temps des gens qui passent. On n’a plus d’intimité. À la maison au moins, on était tranquilles.

Notre complicité est très éprouvée dans cet établissement médicalisé pour personnes âgées en perte d’autonomie. Elle ne voulait pas y rester, moi non plus je ne voulais pas qu’elle y reste. Je viens de l’extérieur et elle, elle y est enfermée alors elle me le reproche. Ma relation avec ma mère a toujours été très exclusive. Avec mes frères et sœurs, c’est différent. Ils voient les choses avec plus de recul. Ils ne la connaissent pas de la même façon que moi. Ils ne savent pas ce qu’elle aime, ce qui la rend heureuse par exemple. Il n’y a que moi qui la connaît.

Pour financer l’Ehpad, il a fallu que l’on complète car sa retraite ne suffisait pas. Nous n’étions que 2 à pouvoir l’aider financièrement et mon compagnon est très présent dans la relation. À ce moment-là, mon frère et ma sœur ont voulu reprendre la gestion administrative et on a décidé de mettre en vente l’appartement de notre mère. Quand elle l’a su, ça s’est mal passé. Elle s’est sentie dépossédée et bien sûr, elle me l’a reproché en me disant des choses telles que « tu t’es mal débrouillée ». Même si elle sait que c’est pour payer l’Ehpad, elle pense qu’on va vivre sur son argent !

En ce moment c’est compliqué. Avec ma mère, c’est souvent la bagarre. Elle oublie qu’on en a parlé et elle ne comprend plus les choses.
En plus, les aides-soignantes n’acceptent pas les remarques de ma mère. Elles ont du mal avec son caractère car elle est toujours en demande d’aide, surtout de ma part. Je les défends mais je suis interpellée par un comportement parfois distant vis-à-vis des personnes âgées. Quand les personnes sonnent, elles passent devant mais elles ne peuvent pas revenir une deuxième fois. Elles disent qu’elles n’ont pas le temps et comme ma mère ne peut plus aller aux toilettes toute seule, son lit est souvent mouillé. Elle dispose d’un nombre de protections limité.

J’en ai parlé au directeur qui m’a dit qu’il allait faire quelque chose. Mais bien sûr rien n’a changé. Un jour, je suis arrivée à 6h, l’aide-soignante n’était même pas passée. Je pense que comme ils savent que je viens tous les jours et que je m’en occupe, ils font le minimum. Alors, pour éviter les représailles, je n’ai plus rien dit mais j’ai quand même appelé ALLÔ MALTRAITANCE au 3975. Je voulais juste me renseigner et avoir des conseils mais ils ont fait un signalement à l’Agence régionale de santé. Ce n’était pas ce que je voulais. Du coup, le directeur a été informé et a réuni l’équipe des cadres, puis il m’a dit : « je ne comprends pas, on s’entendait bien ». De nouveau, il m’a dit qu’il allait revoir le plan de soin. Moi, je demandais juste qu’ils fassent leur travail, qu’ils ne crient pas sur ma mère la nuit quand elle appelle et qu’on l’accompagne aux toilettes. Au lieu de ça, le personnel m’a dit : « votre maman n’est pas commode » et « si ça ne vous convient pas, vous pouvez aller voir ailleurs ». Un jour, elle est tombée des toilettes car l’aide-soignante l’a laissée toute seule. Ils font vite. Vous voyez, d’en parler, ça m’énerve.

Et vous, comment le vivez-vous ?

Je le vis très mal. Quand je pars, je me dis qu’elle est livrée à elle-même. Par exemple, un soir, j’ai rangé ses affaires pendant qu’elle dormait. Quand je pars, tard en général, je m’assure qu’elle a tout ce qu’il lui faut (la télécommande, la poire d’appel, de l’eau, un verre…). Notre relation s’est vraiment dégradée, on se dispute souvent et moi je pique des colères. Je deviens maltraitante avec elle en employant des mots durs. Je ne supporte plus cette situation et je suis exaspérée car elle ne comprend plus rien quand je lui parle. Elle me dit : « Je suis enfermée là, vivement que je meure ». C’est trop dur mais je résiste. Je culpabilise et je m’en veux. C’est jamais assez.

Elle aussi me culpabilise : « quand j’ai vraiment besoin de toi tu n’es pas là » alors que j’y vais tous les jours 5 à 6 heures ! Des fois quand elle m’énerve, je lui dis que je vais mourir avant elle. On me dit que c’est pathologique, que je suis trop investie.

En tant qu’aidante familiale et fille, j’ai du mal à accepter que ma mère ne soit plus la même personne que celle que j’ai connue. Je ne me rends pas compte de son état. Je suis trop impliquée. Je souffre de cette situation et de notre relation aujourd’hui. Quand on se dispute, on est malheureuses toutes les deux. Je ne comprends pas ce qui m’arrive.

On est un peu dans une relation « d’amour-haine ». Ça me fatigue et ça m’épuise. Notre relation est ambiguë car on est sans cesse en conflit mais au fond personne ne m’apporte ce que, elle, m’apporte. Des fois je me dis « qu’est-ce que je lui dois ? ». Je pense que je fais pour elle ce qu’elle a fait pour moi. Que je l’accompagne comme elle m’a accompagnée. C’est un juste retour des choses. Et puis je me dis aussi que si j’étais à sa place, j’aimerais qu’on s’occupe de moi comme ça. Elle m’a aidée à tous les moments de ma vie. Aujourd’hui, je n’ai pas une vie passionnante.

Vous êtes soutenue depuis plus d’un an par une psychologue spécialisée dans la relation aidant/aidée. À quel moment avez-vous décidé que vous aviez besoin d’aide ? Qu’est-ce-que cela vous apporte ?

Au début, je cherchais des aides pour ma mère. Je ne pensais pas à moi, à me faire aider, même si je me sentais mal parfois. Je me rendais compte que je perdais un peu pied et que quelquefois je devenais un peu maltraitante avec elle. J’avais besoin de prendre du recul, d’avoir un regard extérieur, neutre. Quelqu’un à qui je pourrais raconter mon histoire sans me sentir jugée, ce qui n’était pas possible avec mes proches. 

J’ai trouvé une association grâce à ma caisse de retraite AG2R LA MONDIALE. J’ai eu rapidement un premier rendez-vous de soutien avec la psychologue. Elle m’a beaucoup aidée. Au début, j’avais des rendez-vous toutes les semaines. Cela me faisait beaucoup de bien de parler. Je l’appelle moins souvent maintenant que ma mère est en établissement, et que mon rôle d’aidante s’est quelque peu modifié, mais avec elle, j’ai l’impression d’être comprise. Je sentais qu’elle savait de quoi je lui parlais. C’est rare de pouvoir parler de soi et de ce qu’on ressent en sachant qu’on est écoutée, vraiment et surtout qu’il n’y a jamais de jugement. Je lui ai tout raconté, elle connaît bien ma vie. C’est rassurant de savoir qu’on peut compter sur quelqu’un, qu’on peut l’appeler et lui parler quand on en a besoin. C’est une aide précieuse. Et puis, dans nos échanges, elle me donnait son point de vue. C’était très réconfortant et ça me donnait une vision objective de ma situation. 

Mon ami me comprend mais je n’écoute pas toujours ses conseils. Ma relation avec ma mère est très personnelle. C’est pareil avec ma famille. Je sens qu’ils sont parfois en désaccord. Avec la psychologue, je me sens réconfortée. J’ai le sentiment de ne pas être seule. Elle sait trouver les bons mots. On sent qu’elle a de l’expérience. Quand ma mère a dû rentrer en Ehpad, elle m’a beaucoup aidée et encore aujourd’hui. 

Lire la première partie du témoignage de Martine.

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